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16 avril 2015 4 16 /04 /avril /2015 16:41

Dans la plupart des vies, il n'y a rien d'extraordinaire. Simplement des maisons, des visages, des pas qui les relient. À la fin on dit ma vie, on raconte les passerelles, les forêts, les points d'eau qu'il a fallu trouver pour que se poursuive le voyage.
On essaie de lire mais les chemins sont flous, trop loin ou trop proches, - dès lors que l'on pose le regard surgit une autre fenêtre. Alors il ne reste qu'à avancer, d'abord deviner quelques lettres, un mot peut-être, tenir le fil ténu entre le pouce et l'index, le tirer jusqu'à soi, puis recommencer, recommencer jusqu'à ce qu'apparaisse enfin le filet plus dense sur lequel s'appuieront nos histoires.
Et chacune nous inventera un visage, autre et même visage que dessinent en nous les milliers de petites histoires que nous vivons, gouffres qui nous aspirent, souffles puissants qui nous projettent, et dont notre corps porte trace.
Un train s'arrête et repart sans que personne n'en soit descendu. Des milliers de gare, de trains, d'attentes que l'on retourne en tous sens, - on appelle cela une vie.
Et parfois quelqu'un attend aussi sur le même quai, et ce n'est plus la même histoire.

Hélène Dorion, "Jours de sable"

Les chemins flous
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