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15 avril 2015 3 15 /04 /avril /2015 19:23

Un beau jour de juin 1767, Côme Laverse du Rondeau, 12 ans, commet l'acte de désobéissance le plus grave qui soit: il refuse de toucher au plat d'escargots servi à la table de son très guindé de père, le baron Arminius. Mieux, le jeune rebelle persiste en se réfugiant dans les arbres du domaine familial d'Ombreuse, en Ligurie. Il n'en redescendra plus jamais! Son frère cadet raconte cet incroyable destin: celui du «baron perché» qui, jusqu'à ses soixante-cinq ans, va vivre au plus près de la nature et considérer le monde autrement, depuis ces hauteurs feuillues. Ce qui ne l'empêchera pas de chasser, de se cultiver, de séduire une fantasque marquise, et même de recevoir Napoléon! Il faut lire absolument, ou relire, ce chef-d'oeuvre qu'Italo Calvino (1923-1985) a écrit en 1957, deuxième volet de sa trilogie Nos ancêtres, précédé par Le vicomte pourfendu (1952) et suivi du Chevalier inexistant (1959). Mais avec Le baron perché, l'écrivain italien signe surtout l'une des plus belles inventions de l'histoire littéraire, un époustouflant conte philosophique où la cocasserie le dispute à la fraîcheur, qui met en scène une sorte de «Robinson ligure», rousseauiste en diable, humain, tellement humain. De l'art de s'élever, au propre comme au figuré... D'où cette inscription sur sa tombe: «Il vécut dans les arbres, aima toujours la terre, monta au ciel.» 

Grimper aux arbres comme à un livre.....

Une autre chose m’a fina­le­ment beau­coup séduit : Et si cet acte de grim­per aux arbres n’était pas une manière dégui­sée de décrire l’acte de l’écrivain et par conta­mi­na­tion, celui du lecteur.

Moi, lec­teur, je me sens comme Cosimo : je suis un jour monté dans un arbre qui s’appelait un livre, qui était de même matière — mélange de bois, de sève et de temps — et poussé par un sen­ti­ment d’ivresse, de liberté, de soif de connaître, j’ai décidé de ne plus en redes­cendre. Ainsi depuis je saute de page en page, de livre en livre en espé­rant ne plus jamais en descendre…

Pour conclure, Le baron per­ché est une œuvre drôle, avec plein de petits tiroirs d’où sortent des sou­rires, des clins d’œil, une œuvre ludique qui quelque part nous ramène à nos cabanes d’enfance ou à nos esca­pades dans les arbres… Au final je me dis que c’est une œuvre qu’on a plus inté­rêt à lire quand on est adulte, quand le temps est loin où l’enfant que nous étions che­vau­chait les arbres et qui, contrai­re­ment au baron, a fini par redes­cendre de sa branche…

Photos de Thierry Giersch

Photos de Thierry Giersch

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