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19 février 2017 7 19 /02 /février /2017 16:43

Je connais la tristesse depuis que je suis toute petite. Quand j’avais 10 ans, j’écrivais, sur la page de garde de tous mes livres, cette phrase de Cocteau : “La vie est une chute horizontale.” C’est un secret que j’ai longtemps soigneusement gardé parce que je suis très orgueilleuse et que je ne supporte pas l’idée de faire pitié. J’avais fini par l’enfouir au fond de moi, le nier. Puis j’ai rencontré quelqu'un et j’ai eu l’impression qu’il avait vu clair en moi, qu’il avait décelé cette mélancolie que je refusais de m’avouer. Aujourd’hui, je sais, je connais, j’accepte ma tristesse. Elle est orageuse, noire, arrogante et pure comme une épée de cristal avec laquelle je crée et pourfends mes adversaires. »

 

La tristesse, pour moi, est liée à la musique. C’est le blues et elle m’alimente. C’est même le carburant premier, sauf que je suis incapable d’écrire trois mots quand je la ressens. Le manque d’énergie qu’elle génère m’oblige à appuyer sur le bouton “pause”, à réfléchir. Quand je suis dans cet état-là, j’évite de voir des gens. C’est pénible pour mon entourage. Je me laisse dériver, porter par des écrivains. Je ne me regarde pas le nombril. Je ne m’interroge pas sur moi, sur ce qui m’arrive. J’essaie de m’ouvrir, d’aller ailleurs. Ce n’est pas dramatique, la tristesse. C’est juste essentiel. Je ne cherche surtout pas à l’occulter. Quand j’écris, je la contemple de loin. »

Par le repli sur soi ue la tristesse impose, elle invite à se protéger de ce qui nous a agressé, et même à s’en « défendre », en faisant appel à la compassion d’autrui. Elle donne aussi l’occasion de se recentrer, de s’interroger sur ce qui nous blesse et, surtout, sur ce qui nous manque. Un deuil, une séparation, un échec (le manque de réussite), la sensation d’être exclu (le manque de lien) : la tristesse est toujours l’expression de l’absence. La consolation vient du temps, des autres et de soi-même. À condition d’écouter ce chagrin, pour tenter de percevoir ce qu’il cache : une colère non exprimée, une peur non avouée, une blessure ancienne non résolue et ravivée ? Puis de le laisser s’exprimer. Par les larmes qui nous apaisent. Et par les mots, ou bien, à défaut de les trouver, par des voies détournées : jouer, écrire, peindre, chanter sa tristesse pour en « faire quelque chose » et éviter que la souffrance se fi ge en nous.

 

 

Photo de Thierry Giersh

Photo de Thierry Giersh

Photo de Thierry Giersch

Photo de Thierry Giersch

Photo de Thierry Giersch

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