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8 avril 2017 6 08 /04 /avril /2017 19:09

 

La vieille église d’Amsterdam.

A l’intérieur, il ne reste de l’ancien style gothique que les hauts murs, les colonnes, la voute des fenêtres. Il n’y a aucun tableau, il n’y a de statues nulle part. L’église est vide comme une salle de gymnastique. Tout ce qu’on y voit, ce sont des rangées de chaises qui forment  au centre un grand carré autour dune estrade miniature sur laquelle se dresse la petite table du prédicateur. Derrière les chaises il y a des boxes en bois ; ce sont des loges destinées aux familles des riches citadins.

Les chaises et les loges sont placées là sans le moindre égard pour la configuration  des murs et la disposition des colonnes, comme pour signifier à l’architecture gothique leur indifférence et leur dédain. Il y a maintenant des siècles que la foi calviniste a fait de l’église un simple hangar qui n’a d’autre fonction que de protéger la prière des fidèles de la neige et de la pluie.

Franz était fasciné : celle salle gigantesque avait été traversée par la grande marche de l’Histoire. Sabina se souvenait qu’après le putsch communiste, tous les châteaux de Bohême avaient été nationalisés e transformés en centre d’apprentissage, en maison de retraite, en étables aussi. Elle avait visité l’une de ces étables là : des crochets supportant  des anneaux de fer étaient fixés au mur de stuc, et les vaches qui y étaient attachées regardaient rêveusement par les fenêtres dans le parc du château où couraient des poules Franz dit : « Ce vide me fascine. On accumule les autels, les statues, les peintures, les chaises, les fauteuils, les tapis, les livres, puis vient l’instant de liesse libératrice où l’on balaye tout cela comme on balaie les miettes d’une table. Peux-tu te représenter le balai d’Hercule qui a balayé cette église ? ».

Sabrina montra une loge en bois : « Les pauvres restaient debout et les riches avaient des loges. Mais il y avait quelque chose d’autre qui unissait le banquier au pauvre : la haine de la beauté. »

« Qu’est-ce que la beauté ? » dit Franz et il pensa tout à coup au vernissage auquel il avait dû récemment  assister aux côté de sa femme. La vanité infinie des discours et des mots, la vanité de la culture, la vanité de l’art.

Milan Kundera : « L’insoutenable légèreté de l’être » 1984.

L’insoutenable légèreté de l’être raconte en parallèle l’histoire de Thomas et Térésa dans la Tchécoslovaquie communiste des années 1950, et de Sabina et Franz, artistes partis en exil en Europe pour fuir la répression qui a succédé au Printemps de Prague (1968).

 

 

Chateau Ploskovice - Bohême

Chateau Ploskovice - Bohême

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