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6 mai 2017 6 06 /05 /mai /2017 13:09

On a coutume de dire que l’Art n’a pas attendu la politique pour circuler en Europe. C’est vrai pour un certain nombre d’œuvres, dont le support facilitait ce passage des frontières : disques, films, livres, ensemble musicaux, ensembles lyriques et chorégraphiques, pour lesquels la langue, s’agissant d’œuvre du répertoire, ne constituait pas de handicap majeur.

Il a fallu attendre plus longtemps pour que les œuvres théâtrales passent les frontières, à l’égal des textes critiques qui, eux, nourrissaient déjà nos réflexions sur le théâtre d’aujourd’hui, sans que l’on en partage les résultats concrets.  C’est-à-dire que l’on connaissait en France, par exemple, l’œuvre de Berthold Brecht ou d’Heiner Muller mais qu’il fallu une pette décennie avant que leur théâtre ne soit une première fois installé dans l’hexagone. (…) Pour Brecht qui participa au congrès pour la défense de la culture à côté d’André Malraux à la Mutualité en 1936, il fallut attendre 1954, avec la venue de Mère Courage du Bernier Ensemble à Chaillot : le délai fut à peine moins court pour Heiner Muller : on montait déjà la Route des Chars à la Maison de la Culture de Bobigny en 1988 mais ce n’est qu’en 1096 qu’Avignon et Strasbourg accueillirent sa mise en scène d’Arturo Ui. Quant à Einar Schleef, qui marqua Outre-Rhin les années 90, il ne fut jamais programmé dans un théâtre français.

(…)

L’Alsace offre l’avantage d’appartenir à l’espace Rhénan, aux confluents des influences latines et germaniques. Strasbourg, qui marquait hier glorieusement la frontière jusque dans ses institutions culturelles (siège d’une importante université, d’un opéra national, comme du seul théâtre national, qui ne soit pas installé dans la capitale) est aujourd’hui le lieu privilégié d’un lien, d’une circulation des formes et des idées,  d’un fonctionnement « en réseau » de ses institutions.

C’est ainsi que pris naissance le festival « Premières », consacré aux jeunes metteurs en scènes européens, fruit d’une initiative commune du Théâtre national de Strasbourg et du théâtre Le Maillon, qui est engagé depuis trois ans dans un projet de scène européenne. Alliance du poids et de la légèreté : du poids que le théâtre national de Strasbourg a toujours conféré à l’Art théâtral, siège d’une excellente école, lieu de production dramatique où l’esprit de compagnie permanente a toujours soufflé ; légèreté de la structure du Maillon, régulièrement engagé dans la coopération et dans l’accueil de spectacles français et étrangers, mais aussi du public d’Outre-Rhin, à l’égal de celui de sa ville siège. Jeux à deux ou à trois avec le Théâtre Jeune public, comme avec Pôle Sud, qui permet d’accueillir à Strasbourg, non seulement des spectacles mais aussi des théâtre-ensembles justement, dans la diversité de leurs productions, et sur une longue durée. Tel est l’importance du travail « en réseau », interne et externe, dans la construction d’une identité européenne qui respecte la diversité des sources.

A terme, dès lors où la ville disposera des lieux scéniques adéquats, il sera possible alors de réaliser des résidences européennes de création où metteurs en scène, comédiens, techniciens français et étrangers associeront leurs savoirs respectifs pour créer de nouvelles formes dramatiques encore inconnues, de nouvelles façons de faire.

In : « La revue des deux mondes » Juin 2007, dossier « L’Alsace, porte de l’Europe Centrale ».

 

Le radeau de la Méduse Thomas Jolly-Fernandez - Théatre National de Strasbourg

Le radeau de la Méduse Thomas Jolly-Fernandez - Théatre National de Strasbourg

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