Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
24 juillet 2017 1 24 /07 /juillet /2017 08:50

Je suis né le 31 janvier 1979. Un mercredi. Je le sais car dans mon esprit, le 31 janvier 1979 est bleu. Les mercredis sont toujours bleus, de même que le nombre 9 ou le bruit d’une dispute. J’aime la date de mon anniversaire parce que lorsque je visualise les nombres qui la composent, je vois leurs formes lisses et rondes, comme des galets sur une plage. Il s’agit de nombres premiers, 31, 19, 197, 97, 79, et 1979 qui ne sont divisibles que par eux-mêmes et par 1. Cette impression immédiate de galet me permet de reconnaître chaque nombre premier jusqu’à 9 973. C’est ainsi que mon cerveau fonctionne.

Je suis atteint de ce que l’on appelle le « syndrome savant » un syndrome rare et peu connu avant le film Rain Man, récompensé par un oscar en 1988. Comme Raymond B               abbitt , le personnage joué par Dustin Hoffmann, j’ai un besoin presque obsessionnel d’ordre et de routine qui peut virtuellement affecter chaque aspect de ma vie. Par exemple, il faut que je mange 45 grammes de porridge au petit déjeuner, ni plus, ni moins. Pour en être sûr, je pèse mon bol avec une balance électronique. De même, je dois compter le nombre de vêtement que je porte au moment de quitter la maison. Si je ne peux pas boire une tasse de thé à certain moment de la journée, je deviens anxieux. Quand le stress est trop important, et que j’ai du mal à respirer, je ferme les yeux et je compte. Penser à des nombres m’apaise. Les nombres sont mes amis, ils ne sont jamais loin de moi. Chacun est unique et possède une personnalité propre.

Le nombre 11 est amical, 5 est bruyant, 4 est à la fois timide et calme, c’est sans doute mon nombre favori parce qu’il me ressemble (….) quelque soit l’endroit où je me trouve, les nombres ne sont jamais loin de mes pensées. Au cours d’un entretien à New York avec David Letterman, animateur de télévision et humoriste (Late show with David Letterman), je lui ai dit qu’il ressemblait au nombre 117. Grand et dégingandé. Un peu plus tard ce jour là je me trouvais à Times Square, un nom mathématiquement tout à fait approprié (en anglais il pourrait signifier « Le carré du temps » ou « le temps au carré ») et j’ai levé la tête vers les gratte-ciels avec l’impression d’être entouré de 9, le nombre qui correspond le mieux pour moi au sentiment d’immensité.

Mes expériences visuelles et émotionnelles des nombres correspondent à ce que les scientifiques appellent la synesthésie. (…) Le nombre 1 est par exemple blanc, brillant et éclatant comme quelqu’un qui dirige le faisceau d’une lampe torche directement dans mes yeux. Cinq est un coup de tonnerre ou le son des vagues qui se brisent sur les rochers, 89 me rappelle la neige qui tombe.

J’ai toujours aimé penser à des calendriers, à cause de tous les nombres et toutes les formes qui s’y trouvent. Chaque jour de la semaine suscitent des couleurs et des émotions distinctes : les mardis sont de couleur chaude, alors que les jeudis sont pelucheux.

(….) Dans son livre « L’homme qui prenait sa femme pour un chapeau », l’écrivain et neurologue Olivier Sacks évoque le cas de John et Michael, deux jumeaux autistes. Bien qu’incapables d’être autonomes, les jumeaux peuvent calculer le jour de la semaine correspondant à n’importe quelle date des quarante mille dernières années.

 

David Tammet vit près d’Avignon,

Je suis né un jour bleu, par Daniel Tammet
Partager cet article
Repost0

commentaires