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24 juillet 2017 1 24 /07 /juillet /2017 08:49

Au Caire, on le devine, le code de la route et la ceinture de sécurité sont une vue de l’esprit et les rétroviseurs une illusion d’optique. Traverser par exemple l’avenue des Pyramides, c’est jouer à la roulette russe. Je sais, j’ai failli être transformé en kefta par une Toyota qui se prenait pour une formule 1, les freins en moins. A l’ouest du Nil, dans le quartier de Guiza connu pour ses grands studios de cinéma et ses petites boutiques de papyrus, l’avenue longue d’une dizaine de kilomètres, mène, passé le pont du Six-Octobre et l’île de Zamalek, au Mena House. Avec ses airs de caravansérail paisible et verdoyant, ce célèbre hôtel qui a servi à un épisode de Black et Mortimer, ressemble à un minuscule îlot dans une mer démontée.

Dans les jardins et les couloirs feutrés de  ce palace, on a l’impression étrange que l’on pourrait croiser De Gaulle et son rival Tintin, Indiana Jones et Coco Chanel, la silhouette ronde d’un Hercule Poirot ou celle grassouillette et enturbannée d’un maharadjah du Bengale accompagné de son harem et de son tigre préféré. Dans un coin du bar ou au bord de la piscine, on aurait pu apercevoir en 1953 la maigreur écorchée et titubante de William Faulkner qui s’efforçait de faire parler les protagonistes de la Terre des Pharaons, un film en cinémascope avec Jack Hawkins et Joan Collins. Au bout de quatre mois de séjour, l’auteur du Bruit et la fureur n’écrira qu’une seule ligne : « Alors ? Comment ça marche le boulot ? » phrase prononcée par l’un des contremaître chargés à Louxor des travaux d’une pharamineuse pyramide qui finira, 2800 ans avant notre ère, par précipiter la fin de l’Empire Egyptien (….).

Avec son parfum suranné des Indes coloniales, le Mena House, bardé d’étoiles comme le Général Eisenhower qui y dormi, a accueilli sous ses plafonds et ses lustres rutilants Winston Churchill et ses cigares, Chaplin sans sa badine, Gary Cooper et ses longues jambes, Menahem Begin aux temps anciens des accords de Camp David…..

Auteur de nouvelles de récits et de romans, Abdelkader Djemaï a notamment publié « Un été de cendres », et « Le nez sur la vitre », « Sable rouge » et « 31, rue de l’Aigle », Mémoires de nègres » et « Camping », « Gare du nord » et « Nos quartiers d’été ».

Le Caire qui bat, par Abdelkader Djemaï
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