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10 juillet 2017 1 10 /07 /juillet /2017 15:41


(….) Pour un certain nombre de raison, les villes européennes semblent plus robustes et mieux protégées que ce type de raisonnement. D’une part l’idée de ville est d’essence différente. Elle est fondée sur un imaginaire valorisé que méconnaissent les villes américaines attaquées depuis les origines et continûment par une culture anti-urbaine et des logiques de marché.
La ville européenne conçue comme une société politique, amalgame des groupes d’intérêts qu’elle unit dans leurs différences. Le terme de citoyen a une résonnance philosophique symbolisant la construction d’un sens collectivement partagé. Les villes historiques fondées au Moyen-âge ont une épaisseur démographique qui résiste aux bouleversements. Par contraste, comme l’a observé Jean Baudrillard, dans la ville américaine, l’imagination urbaine est stimulée par l’hyperéalité des simulations et des simulacres de réalité. Les villes se projettent dans l’avenir, voire dans le cyberespace. Ceci n’est certes qu’une généralisation. Ensuite, la compétition oblige les villes à s’approfondir, à être davantage elles-mêmes. Le processus est spécifique et local. C’est pourquoi les différenciations nous semblent si visibles. Les manières de faire, si elles donnent l’apparence de se ressembler sont bien distinctes. Parce que nous, Européens, ne soutenons pas la ville comme un chef-d’œuvre en péril mais comme une utopie réaliste, il devient urgent de chasser les pleurs versés sur son déclin, les anathèmes sur son désordre, les lamentations sur ses dislocations pour entrer en intelligence avec ce qui se passe, et peut-être s’apercevoir que l’imprévisibilité du processus métropolitain réserve quelques surprises.


Se rend-on compte que la génération des 30 ans n’aura jamais entendu autre chose que le terme de crise associé à la ville ? Apprendre à regarder l’excédent de vitalité qui débord des métropoles, appréhender leur hétérogénéité, absorber les gages d’innovations qui ne riment pas nécessairement avec ordre, harmonie ou continuité formelle, c’est privilégier le trouble et le troublant, l’incertain et la contradiction et interpréter les « crises » au sens étymologique du terme comme des amorces de solutions. Les cultures civiques des villes, les traditions de militantisme et de philanthropie, les répertoires de surveillance forgent des outils dont elles se dotent pour affronter les problèmes de fracture sociale, de ségrégation raciale et de mutations rapides. (….) C’est dans la spécificité européenne de la ville que se révèlent des formes innovantes de citoyenneté susceptibles de mettre un frein à la violence.


« Avec les villes, il en est comme les rêves, écrit Italo Calvino, tout ce qui est imaginable peut-être rêvé, mais même le rêve le plus inattendu est un rébus qui cache un désir ou le contraire, une peur ». Tous les choix ne sont pas faits. A chaque génération de ville correspond une nouvelle imagination du monde.

 
Sophie Body-Gendrot – Les villes la fin de la violence ? La bibliothèque du citoyen – Presses de Sciences Po, 2001.


« Faut-il se fier aux discours et aux données officielles annonçant une stabilisation, voire un recul de la délinquance ? La violence urbaine serait-elle un phénomène dépassé ? Que met-on derrière ces termes ? L’approche comparative de l’ouvrage tente de répondre à ces questions. Dans chacun des pays étudiés – France, Etats-Unis, Royaume Uni -, l’enjeu sécuritaire révélé par la ville permet de cerner des macro-mutations de société. La mondialisation n’est certes pas la seule cause des bouleversements susceptibles d’induire des troubles urbains et elle ne s’exprime pas sous les mêmes formes d’un pays à un autre.
L’analyse de cas concrets à laquelle se livre l’auteur éclaire les changements intervenus au cours des 20 dernières années dans les politiques de prévention et de sécurité urbaine. Elle suggère que la construction de réponses  à « la ville dangereuse » vise à déplacer des demandes toujours plus fortes (et insaisissables) de certitude et de sécurité. Les attitudes envers l’innovation et le soutien apporté aux habitants dans la coproduction de la sécurité font apparaître de fortes divergences dans les modes de gouvernance et éclairent le fonctionnement de la démocratie locale. » 

Mme Sophie Body-Gendrot fut mon professeur d’anglais (et celle de ma sœur qui est germaniste) pendant mes années de lycée à Orléans. Elle était l’épouse de M. Body, américain qui était formateur pour IBM France. Directeur en sciences politique, professeur à la Sorbonne-Paris IV et rattachée à CESDIP-CNRS. Parmi ses nombreuses publications, on peut citer : Ville et violence (PUF), Les villes face à l’insécurité (Editions Bayard), The social control of cities ? (Blackwell) et, La Société américaine après le 11 septembre 2001 Edition Presses de Sciences Po.

Immuble végétal de la rue Hélène Brion à Paris 13.

Immuble végétal de la rue Hélène Brion à Paris 13.

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