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13 octobre 2018 6 13 /10 /octobre /2018 14:40

Paul Virilio, (1932-2018) est un urbaniste et essayiste français. 

Il est principalement connu pour ses écrits sur la technologie et la vitesse dont l'alliance constitue à ses yeux une « dromosphère ». Il a également étudié les risques inhérents aux nouvelles technologies .En 1963, il fonde avec Claude Parent, le groupe Architecture Principe, puis publie un premier manifeste pour une architecture oblique. Tous deux professeurs à l'ESA à Paris, ils forment dans leur atelier plusieurs grands noms de l'architecture contemporaine française, comme Jean Nouvel.

Fils d’un émigré italien et d’une catholique bretonne, il a onze ans lorsqu’il assiste au bombardement de la ville de Nantes, en septembre 1943, et dix de plus lorsque, arrivé à Paris, il fréquente l’Ecole des métiers d’art pour devenir maître verrier. D’emblée, Virilio ne choisira pas entre activité manuelle et quête intellectuelle, l’apprenti artisan fréquentant à la Sorbonne les cours de Vladimir Jankélévitch et de Raymond Aron, et dans la vie encore, l’intelligentsia artistique de l’après-guerre, de Georges Braque à Henri Matisse.

Paul Virilio restera comme « le penseur de la vitesse » dont « la tyrannie », disait-il, a « tout désynchronisé ». Le temps humain et le temps technologique, expliquait-il, ne sont plus en phase. Ce déséquilibre croissant perturbe gravement nos environnements économique, politique, culturel, en diminuant l’espace de la réflexion et de la décision. Le temps réel l’emporte sur l’espace réel, dissout la géographie, liquide la démocratie. Comment gouverner sous le régime de la vitesse ?

Il discernait dans les vastes mouvements de population, choisis ou contraints, l’avènement d’une « omnipolis », une ville qui est partout et nulle part, « grâce » aux portables. Il rappelait que « la vitesse, c’est le pouvoir ». L’interaction instantanée des Bourses à la vitesse de la lumière, le krach de 2008, après l’irruption le 11 septembre 2001 de l’hyperterrorisme, illustraient tragiquement ses théories. Pour cet urbaniste, la ville, enclos dans lequel l’attentat massif remplace l’antique champ de bataille, concentre tous les éléments de fragilité de l’humanité au XXIe siècle.

Architecture Principe (Claude Parent, Paul Virilio)

La fonction oblique, 1965-1967

La théorie de la fonction oblique développée dès 1963 par Architecture Principe établit un nouveau rapport au sol fondé sur l’instabilité et le déséquilibre. L’oblique génère une nouvelle importance au sol : le plan incliné permet de déployer la surface utile. À la fois sol et cloisonnement, l’espace habitable s’y fait alors support du déplacement libre de l’individu doté d’une « charge potentielle » propre, lui permettant d’être en état de réceptivité, de participation et d’adhésion à une dynamique architecturale. Plusieurs schémas montrent l’oblique, débarrassée de tout obstacle, supportant un corps qui adhère de tout son poids à une surface « orientée ». Les Vagues (1965-1966) sont la première série à illustrer ce principe développé à l’échelle urbaine, immenses collines artificielles que l’on doit « gravir » ou « vaincre » dans un cheminement en porte-à-faux. Les dessins qu’en réalise Claude Parent évoquent des soulèvements tectoniques, dont l’irruption semble briser la monotonie horizontale. Dans ces paysages accidentés, continuité et rupture se réconcilient grâce à l’association de l’oblique et de la « faille », vide ménagé entre les masses des volumes, leur inoculant mouvement et dynamisme : « Ainsi, de faille en faille, de vide en vide, lévitent les hommes » écrira Parent.

Paul Virilio

Paul Virilio

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