Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
12 octobre 2020 1 12 /10 /octobre /2020 15:59

L’américaine Louise Glück, autrice de l’Iris Sauvage, "voix à la beauté austère" remporte le prix Nobel de littérature 2020.

C’est une figure quasi inconnue en France, et pourtant essentielle dans le paysage de la poésie américaine contemporaine, que les jurés de l’Académie suédoise viennent de décerner leur récompense. La poétesse américaine Louise Glück, déjà distinguée par le prestigieux National Book Award pour « Faithful and virtuous Night » (2014) ainsi que par le Prix Pulitzer pour « The wild Iris » (1992) est devenue le jeudi 8 octobre la lauréate du 113ème prix Nobel de littérature. Une consécration succédant à l’auteur autrichien Peter Handke en 2019.

Est-ce parce que elle écrit uniquement de la poésie, un marché de niche pour l’édition, que Louise Glück, 77 ans, est demeurée ignorée des lecteurs français ? Le fait est que sa consécration soudaine a créé un effet de surprise semblable à celui qu’avait provoqué, hors de sa Pologne natale, le choix de la poétesse Wislawa Szymborska (1923-2012), e 1996.

Jusqu’à présent, seuls des extraits de L’iris Sauvage avaient parus en traduction dans les revues Po&sie ‘2014) et Europe (2013), à quoi il faut ajouter une poignée de poèmes isolés, tirés de Vita Nova (1999 et 1985) et « Descending Figures » ‘1980) toujours dans Po&sie, mais il y a lus de vingt ans et trente ans. En langue originale, sa production est pourtant imposante : dix-sept recueils, les derniers publiés dans la prestigieuse maison New-Yorkaise Farrar, Straus and Giroux, ainsi qu’un essai sur la création poétique « Proofs and Theories » ‘1994).  Est-on prédestiné lorsque l’on s’appelle Glück, à amer la musique, celle des notes comme celle des mots ? Cela fait plus de cinquante ans que l’artiste travaille. Née le 22 avril à New York, au sein d’une famille hongroise, Louise Glück passe son enfance à Long Island, fait un passage par l’université de Columbia, et publie son premier recueil, le bien nommé « First Born » à 25 ans.

En 2003, elle prend la direction  de la collection « Yale University Press », dont elle aura la responsabilité jusqu’en 2010. Aujourd’hui encore, elle enseigne à l’université de New Haven (Connecticut) où elle jouit d’un statut d’écrivain en résidence. Les caractéristiques de la poétique glückienne ? D’abord son tropisme pour toutes les formes en mouvement, non figées, un peu comme le sable des plages de Long Island. Dans « Proofs and Theories » elle fait l’éloge du malléable, de l’inachevé, du façonnable, de l’évolutif, par opposition à tout ce  figé, fini, fixé.  Elle dit le vécu, l’intime, sans jamais parler d’elle. Sa poésie est traversée par le féminin, représenter le divin, un simple jardinier ou encore une fleur qui fait l’expérience de la mortalité rapide.

Influencée par Emily Dickinson, Louise Glück pratique une poésie distanciée, mais concrète, attentive à la vibration des sens et aux détails du quotidien, profonde sous son apparente simplicité. Une voix à la beauté austère capable de mettre au jour, sous le vernis de l’individuel, la portée universelle de nos existences.

Vers de " l’Iris sauvage".

Au bout de ma douleur, il y avait une porte

Ecoutes-moi bien : ce que tu appelles la mort

Je m’en souviens

En haut des bruits, le bruissement des branches de pins

Puis plus rien. Le soleil pâle vacilla sur la surface sèche,

C’est une chose terrible que de survivre

Comme conscience

Enterrée dans la terre sombre.

Extrait du Journal « Le Monde », Florence Noiville, samedi 10 octobre 2020.

Louise Glück, poétesse américaine, un Nobel à Long Island
Louise Glück

Louise Glück

Iris sauvage

Iris sauvage

Louise Glück, poétesse américaine, un Nobel à Long Island
Partager cet article
Repost0

commentaires