Atelier Cos, l’incontournable de l’hôtellerie de prestige
Didier Beautemps, fondateur et président d’Atelier Cos, cabinet parisien d’architecture haut de gamme, restaure des joyaux historiques pour en faire des palaces. Spécialiste du patrimoine, il intègre design contemporain et a lancé Atelier Cos Édition pour des pièces sur mesure.
Comment Atelier Cos concilie-t-il fidélité au patrimoine et audace contemporaine sur des bâtiments d’exception ?
Notre approche repose sur une méthode éprouvée. Mon épouse et associée Valeria Sanchez est diplômée de l’école Chaillot (formation de 2 ans post diplôme) guide l’équipe. Nous menons une recherche historique minutieuse, via des experts comme Le Graal et nos historiens internes, pour identifier l’authentique par période. Cela oriente les choix : restauration pure ou fusion avec une écriture actuelle, sans pastiche ni imitation servile. La cohérence reste primordiale. Prenons la grande verrière de la Société Générale : une structure Eiffel, technique et cachée derrière cloisons et vitres sablées, a été sublimée. Nous l’avons nettoyée, puis fixée par des pattes mécaniques modernes, validées par la conservatrice. Les couloirs environnants mêlent verres cathédrale anciens et fenêtres redesignées : les strates temporelles s’harmonisent sans dissonance. Ce savoir-faire naît d’un bagage solide, de décisions judicieuses et d’un dialogue constant avec le maître d’ouvrage, qui finance et arbitre.
Quels chantiers emblématiques marqueront 2026 pour votre cabinet ?
L’année 2026 s’annonce intense en phase chantier. L’îlot Saint-Germain, ancien ministère des armées, 35 000 m² transformés en hôtel, avance. De son côté, le Westin Paris Vendôme entre en curage. En revanche, les travaux concernant l’Hôtel du Louvre pourraient être décalés. Des sondages y ont révélé des décors napoléoniens intacts, peints par l’artiste du Petit Palais. Nous documentons, valorisons ou encapsulons ces trésors pour l’avenir, sans les détruire.Ces opérations s’étendent sur six à dix ans. Un hôtel de 30 000 m² requiert un an d’études pour un permis parisien purgé de recours, puis deux à trois ans de travaux. Le Ritz l’illustre. Les études ont été lancées en 2005 pour un achèvement en 2018.
Vous avez créé il y a quatre ans COS Édition. Quelle place tient cette entité au sein de votre cabinet ?
COS Édition prolonge nos créations pour résidences privées confidentielles : lampes, robinets, poignées sur mesure. Des fabricants nous ont pressés d’éditer ces pièces. Marginal par rapport à l’hôtellerie de prestige, ce pôle créatif donne corps à mes croquis spontanés tracés lors de réunions interminables. Un associé les a transformés en tapis chez « Maison LELIEVRE », écoulés en Angleterre, aux États-Unis et en France. Certains prototypes naissent pour nos chantiers, d’autres, par pur plaisir.
Quelle est votre vision des tendances futures dans l’hôtellerie de luxe ?
Dans l’hôtellerie de prestige, trois piliers demeurent immuables : la localisation, le service et l’expérience offerte. Notre travail d’architecte est de créer un bâtiment qui fonctionne parfaitement, assurant le confort et l’efficacité du personnel. C’est l’efficacité et le service qui sont mesurables et qui déterminent le classement d’un hôtel, bien plus que la décoration qui reste subjective. Aujourd’hui, il y a une forte tendance à l’authenticité. On s’éloigne de l’uniformisation passée pour recréer une histoire propre à chaque lieu afin de générer une véritable émotion chez le client. Notre travail s’inscrit dans cette démarche : retrouver l’histoire du bâtiment, la réécrire et la faire dialoguer avec notre époque. C’est une expérience enrichissante, très différente de la seule création ex nihilo à laquelle j’aspirais en début de carrière. À l’école, je rêvais de créations spectaculaires. Aujourd’hui, restaurer une histoire, la réécrire pour qu’elle parle, nous permet de transmettre autant. Chaque édifice impose son caractère.
L’évolution architecturale a toujours été marquée par des ruptures, comme l’urbanisme haussmannien à Paris. Jusqu’où doit aller le conservatisme et où doit-on se permettre de proposer de réelles alternatives ?
Haussmann n’avait pas les états d’âme que nous avons aujourd’hui. Il a créé le Paris moderne en démolissant l’ancien, poussé par des impératifs de salubrité, de circulation et par l’élan extraordinaire d’une époque qui voyait naître les gares et les grands hôtels.Aujourd’hui, je ne suis pas sûr qu’une refonte aussi radicale soit possible ou nécessaire. D’ailleurs, dans une rue haussmannienne, voir un bel objet contemporain faire l’interruption ne me gêne pas. Au contraire, je trouve que c’est la ville qui vit et qui avance. Il n’y a pas d’architecture intrinsèquement meilleure que l’autre. Nous avons le devoir de conserver ces merveilles anciennes, car nous n’avons plus l’économie pour les reproduire, mais il faut aussi savoir admirer et intégrer les bâtiments contemporains de qualité.
Maison Astor Paris - ATELIER COS
architecture | design | conseil
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