Voyage au pays du coton
Un beau livre à partager.
En fait un voyage au confluent de l'essai, du roman et du carnet de voyage ; et finalement un récit sous titré « Petit précis de mondialisation »…
Pas si « précis que ça, en fait. Mais on en voudra pas à l'auteur tant le texte est parfois beau, souvent teinté d'humour, mais toujours élégant.
Et pourtant, un sujet qui ne se prête guère à la « belle écriture » : l'histoire du coton et des gens qui le produisent .
Cartes à l'appui, Erik Orsenna se met en quatre pour décrire le circuit du coton dans un monde globalisé ; un ouvrage quelque peu militant dans sa dénonciation de la politique subventionniste des Etats-Unis… et du fonctionnement de l' O.M.C. (Organisation Mondiale du commerce).
Destination le Mali, le Mato Grosso au Brésil, l' Ouzbékistan, la Chine et les États-Unis où la production massive et aidée menace de ruine les producteurs des pays en voie de développement…
Erik Orsena est curieux de savoir d'où vient le coton qui nous habille aujourd'hui. Alors, après une rapide introduction sur l'histoire de la fibre, il nous emmène aux quatre coins du monde visiter des types d'exploitation bien différents, de la culture familiale encadrée par la compagnie publique malienne aux grands champs des propriétaires brésiliens, des kolkhozes ouzbeks qui ont asséché la mer d'Aral aux champs des bons fermiers texans. Puis il visite aussi, sur d'autres continents, Alexandrie la ville qui a rayonné du commerce et la capitale mondiale de la chaussette en Chine.
Avec lui, on découvre les tensions d'une agriculture pas toujours productiviste, les progrès offerts par la mécanisation et les OGM, la force d'une matière première qui se nourrit autant d'eau que de sueur, et le libéralisme à géométrie variable de pays comme les États-Unis. Son petit précis de mondialisation, à travers l'exemple du coton, nous fait voyager dans un monde où les commerçants suivent les cours des produits sur Internet tandis que des fermiers s'appuient sur des subventions désuètes pour subsister.
Ce livre nous fait aussi visiter l’Ouzbékistan, pays ou les anciens dirigeants communistes sont parfaitement recyclés dans le libéralisme, ou les paysans sont plutôt plus exploités qu’avant la chute de l’URSS et ou la mer d’Aral, a moitié tuée par le détournement de ses sources (le coton a besoin d’eau), n’est, hélas, pas prêt de revivre.
Et puis la Chine : l’atelier du monde ou les ouvriers, pour 100 Euros par mois, travaillent-y compris les enfants- 7 jours sur 7, douze heures par jour, tous les jours sauf LA semaine de congé annuel …quand on a un bon patron !. Les Chinois ont inventé » le travailleur qui coûte moins cher que l’absence de travailleur » nous dit E Orsenna qui précise que » le communisme Chinois a le capitalisme dans le sang ».
Enfin la France ou, dans les Vosges, résiste à tous ceux là une industie textile dont le seul espoir est de trouver ce que tous les autres, obsédés par la productivité, ne cherchent pas !
E Orsenna fut la « plume » de F Mitterrand. Il est conseiller d’Etat et membre de l’Académie Française.

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