Le film que l'on peut voir en ce moment. "Haute solitude" de Laurent Véray. Sélection du Canard Enchaîné
Il s'agit, en fait d'un documentaire qui sort en salle le mercredi 23 septembre. "Haute solitude. Jean Zay, prisonnier politique" a été lauréat, en 2024, du Prix du projet de documentaire historique des "Rendez-vous de l'histoire" de la ville de Blois.
Jean Zay en bref. Ministre de l’Éducation nationale et des Beaux-Arts du Front populaire, Jean Zay, chargé aussi du Sport, de la Jeunesse et de la Recherche, jusqu’en septembre 1939, connu pour être à l’origine de réformes scolaires importantes mais également du CNRS, de l’ENA ou du Festival de Cannes, a été assassiné par la milice de Vichy, le 20 juin 1944. Il avait à peine 40 ans.
Ce film nous immerge dans la vie d’un prisonnier célèbre, Jean Zay, détenu durant quatre ans pour ses idées et son engagement politiques, et en raison du climat violemment antisémite de l'époque, à Clermont-Ferrand, Marseille puis Riom. Le ministre de l’Éducation nationale et des Beaux-Arts du Front populaire fut assassiné par la milice de Vichy le 20 juin 1944.
Ce documentaire immerge le spectateur dans la France de l’Occupation. Débutant en août 1940, au moment de l'incarcération de Jean Zay, le récit se déploie de manière thématique, comme si le spectateur était dans la tête du prisonnier. Il recrée sa propre parole, sur la base de ses remarquables écrits de prison, et notamment de Souvenirs et solitude, qui inspire le titre du documentaire, lui-même inspiré du poème "Haute solitude" de Léon-Paul Fargue que Jean Zay appréciait beaucoup.
La cellule, tel un espace-temps hors du monde, empli de la personne du prisonnier, mais aussi parfois de celle de ses proches qui ont un temps le droit de lui rendre visite - son père, sa femme Madeleine, ses deux filles Catherine et Hélène qui vient au monde quelques jours après l'emprisonnement de son père - , lui offre la possibilité d’un retour sur lui-même et sur son passé. Bien qu'encore très jeune, Jean Zay, né en 1904, a accompli une œuvre considérable pendant les quelques mois du Front populaire puis dans les différents ministères qui se sont succédé jusqu'en 1939. Cette détention douloureuse car vécue comme une profonde injustice, est aussi un temps de réflexion et même de préparation de l'avenir puisque l'homme politique réfléchit aux réformes qu'il pense pouvoir mener après la guerre.
Le réalisateur a bénéficié d’un grand nombre d’archives, de documents inédits, de photos de famille prises dans la cellule ou la cour de la prison mises à sa disposition par sa fille Hélène Mouchard-Zay, de films d’amateurs inédits qui donnent à Jean Zay toute sa personnalité, sa force de résistance, son éthique de vie.
L’exploration de la vie et de la pensée de cette grande figure républicaine qu’était Jean Zay - entré au Panthéon en 2015 aux côtés des résistants Geneviève de Gaulle-Anthonioz, Pierre Brossolette et Germaine Tillion - rend compte du climat profondément antisémite de la période. Jean Zay, élevé dans la foi protestante par sa mère, est uniquement réduit aux origines juives de son père et, par ailleurs, à son appartenance à la franc-maçonnerie.
Ce documentaire alerte sur toutes les formes d’idéologies meurtrières, de mesures répressives, d’atteinte à la liberté de pensée et de croire, et démontre la capacité de résistance en tant que personne, mettant l’accent à juste titre sur l’éthique et la force de la relation humaine qui lie Jean Zay et son épouse Madeleine, à l'instar du couple Alfred et Lucie Dreyfus.
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