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Souvenirs de Bagdad : Jacques Julliard, Robert Wiener et ... moi.

Publié le par Dominique

Hier soir, je regardais pour la Nième fois le film « Live from Bagdad » qui est un film d’action sur la première guerre du Golfe, avec Michael Keaton et Helena Bonham Carter, et qui retrace les souvenirs du producteur Robert Wiener, de sa coproductrice et de leur équipe de journalistes de CNN, lesquels devaient parvenir à communiquer leurs informations malgré la censure exercée par le régime de Saddam Hussein. Le 16 janvier 1991, ils deviennent la seule équipe de reporters à pouvoir continuer à transmettre en direct au monde entier lors des bombardements de Bagdad.

Le film montre les coulisses de cette guerre des médias, et comment l’équipe de Wiener devient la seule à pouvoir s’approcher de Saddam Hussein pour une interview ainsi que des forces iraquiennes, permettant à CNN de transmettre des reportages exclusifs sur les dessous de la guerre.

L’histoire me replonge dans un passé ancien : les retours du travail de Manhattan vers le New Jersey, Port Authority, le Lincoln tunnel, les voyages en bus et la traversée des banlieues du New Jersey, croisant des cercueils recouverts du drapeau américain, ceux que l’on ne nous montrait pas à la TV ; les Marines en uniformes, les soldats en uniformes qui s’acheminaient vers les cimetières. Les médias parlaient d’un gaz le sarin, un gaz utilisé par Saddam Hussein sur les soldats de la coalition, et des enfants malformés qui naissaient des épouses de ces soldats contaminés. La peur nous surprenait chaque soir en regardant CNN.

Mais aussi, il me rappelle les moments de bonheur : la naissance de Rebecca Belkin à Brooklyn, près de Prospect Park, en novembre 1991. Un bébé né à la maison grâce à une sage-femme itinérante. Une réunion de famille…La venue de Floride de parents âgés, spécialement pour fêter cette naissance et la cérémonie de naming à Brooklyn

Au lendemain de la guerre du Golfe, soit le 7 mars 1992, était publié un petit livre blanc qui circulait chez les Républicains et qui expliquait en plusieurs points comment « repartir en guerre », «  finir le travail commencé » et détruire le régime de Saddam Hussein.

Il faudra attendre l’avènement de G.W.Bush et le 9/11 pour cela.

 

Dans « Rupture dans la civilisation – Le révélateur irakien » (seconde guerre du Golfe), de Jacques Julliard, on comprend que longtemps, la fascination qu’ont exercé les Etats-Unis venait de leur ambivalence : ils se présentaient à la fois comme les héritiers de l’Ancien Monde et les inventeurs du Nouveau. Nous autres, vieux européens les considérions avec le regard mouillé de tendresse de parents qui voient leurs enfants les surpasser en hardiesse, en invention, en réussite, tout en leur restant fidèles. Ce temps là n’est plus. En renonçant à son ambivalence, l’Amérique a renoncé à son identité. Suivi de brèves répliques à Bernard Kouchner, André Glucksmann, Daniel Bensaïd, Régis Debray.  Editions Gallimard 2003.

(…) La différence de traitement entre les trois grands sociétaires de l’axe du Mal est tout de même stupéfiante : à l’Irak, on offrit la guerre ; à la Corée du Nord, la négociation ; à l’Iran, la collaboration. Il est possible que l’habileté, la ruse justifient ce traitement différentiel ; mais la morale qui est censée inspirer la démarche, n’y trouve pas son compte. L’axe du Bien (Etats-Unis, Grande-Bretagne, Espagne) contre l’axe du mal (Irak, Iran, Corée du Nord) : voilà le manichéisme auquel la sainte alliance de 1815 elle-même ne s’était pas risquée et que dément formellement toute la suite des choses.

On reste confondu qu’une telle analyse aussi naïve et aussi simpliste ait pu emporter l’adhésion de quelques uns des plus grands dirigeants du monde occidental ; on comprend en revanche que tous les peuples de la planète, à l’exception des Américains eux-mêmes, aient vivement renâclé devant un Kriegspiel aussi puéril. Parmi les récalcitrants, on trouvera bien vite les Irakiens eux-mêmes. A peine libérés de Saddam, ils commencèrent à songer à se débarrasser des Américains. Pourquoi ne joueraient-ils pas le jeu à la manière d’autres peuples autrefois soumis à la dictature ? Après tout, ils avaient beaucoup à y gagner et fort peu à y perdre. Or les Américains ne furent pas crus. Et cela pour une raison simple que les Occidentaux ont tendances à oublier : c’est qu’ils n’ont cessé dans le passé de se servir des Irakiens au gré de leurs intérêts du moment, de les livrer régulièrement à leurs bourreaux. Qu’on en juge. Dans les années 70, l’Occident et ses services secrets encouragent les Kurdes à la révolte contre un Irak prosoviétique. Mais en 1975, alors que le shah règne encore en Iran et qu’il règle le différent avec l’Irak sur le Chatt-al-Arab, les Occidentaux lâchent les Kurdes devenus inutiles. Après l’arrivée au pouvoir de Khomeyni en Iran (1979), les mêmes soutiennent ouvertement l’Irak, gouvernement laïque, notamment pendant la guerre absurde et criminelle que Saddam a déclenché contre le régime des mollahs. Ils ne réagissent pas non plus lorsque celui-ci fait gazer des milliers de Kurdes à Halabja. Pourquoi, dès lors Saddam s’inquiéterait-il quand il décide d’envahir et d’annexer le Koweït (1990) ? Pourtant les Occidentaux déclenchent contre lui, la guerre du Golfe ; les Américains appellent de nouveau les Kurdes et chiites à se révolter. Mais Bush 1er renonce à renverser le sunnite Saddam Hussein, à la demande expresse de l’Arabie Saoudite et de l’Egypte, inquiètes des progrès du chiisme. Conséquence : chiites et Kurdes sont massacrés par les milices de Saddam. Il n’y a dans tout cela, ni cohérence, ni humanité. (…)

 

Souvenirs de Bagdad : Jacques Julliard, Robert Wiener et ... moi.