Suite française, par Irène Némirovsky
"Les événements graves, heureux ou malheureux ne changent pas l'âme d'un homme mais ils la précisent, comme un coup de vent en balayant d'un coup les feuilles mortes révèle la forme d'un arbre ; ils mettent en lumière ce qui était laissé dans l'ombre ; ils inclinent l'esprit dans la direction où il croitra désormais."
"- Mais enfin qu'est-ce qui te console alors ?
- La certitude de ma liberté intérieure, dit-il après avoir réfléchi, ce bien précieux inaltérable, et qui ne dépend que de moi de perdre ou de conserver. Que les passions poussées à leur paroxysme comme elles le sont maintenant finissent par s'éteindre. Que ce qui a eu un commencement aura une fin. En un mot, que les catastrophe passent et qu'il faut tâcher de ne pas passer avant elles, voilà tout. Donc d'abord vivre : Primum vivere. Au jour le jour. Durer, attendre, espérer."
La parution posthume de ‘Suite française’, écrit il y a soixante ans, dans le feu de l'Histoire, dépeint presque en direct l'Exode de juin 1940, qui brassa dans un désordre tragique des familles françaises de toutes sortes, des plus huppées aux plus modestes. Avec bonheur, Irène Némirovsky traque les innombrables petites lâchetés et les fragiles élans de solidarité d'une population en déroute. On y découvre aussi en annexe un bouleversant échange de correspondances entre Albin Michel (le seul éditeur qui sera fidèle à Irène) et Michel Epstein, montrant comment ce dernier fit tout pour tenter de sauver sa femme, avant d'être lui-même arrêté et de périr dans les camps.
Irène Némirovsky a connu malgré elle le destin le plus romanesque qui soit. Peu d’auteurs ont bénéficié d’une résurrection posthume aussi importante que celle engendrée par le triomphe international de Suite française. Née en Ukraine en 1903 dans une famille de la bourgeoisie juive aisée qui s’établit à Paris en 1919, après avoir fui la révolution russe, Irène Némirovsky y mène une brillante carrière d’écrivain. Arrêtée par la police française en juillet 1942, elle est déportée à Auschwitz, où elle meurt le mois suivant. Récit de la vie d’une femme, portrait d’un écrivain, miroir de la société intellectuelle européenne d’avant-guerre, ce document passionnant s’appuie sur des sources jusque-là inédites.
J'ai lu cette biographie "La vie d'Irène Némirovsky" d'Olivier Philipponnat et Patrick Lienhardt (Folio) pendant mes trajets en bus et en métro à Paris. J'ai également lu le très beau livre d'une de ses filles, Elisabeth Gille, "Un paysage de Cendres".

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