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L’aigle et le dragon, de Gillian Bradshaw

Publié le par Dominique

« En 175 de notre ère, l’empereur romain Marc Aurèle remporta une difficile victoire sur les Sarmates de l’actuelle Hongrie, un peuple nomade de langue iranienne. Lors de sa capitulation, le roi de la tribu Sarmate des Iazyges dut s’engager à mettre à la disposition de son vainqueur 8 000 de ses redoutables cavaliers. Faisant d’une pierre deux coups, Marc Aurèle décida d’éloigner de leurs patries certains de leurs auxiliaires en les employant à renforcer les défenses de la province de Bretagne menacée par des troubles internes et des incursions des provinces indépendantes. C’est l’histoire de ses cavaliers venus des steppes venus, sous leur étendard au dragon, défendre le Mur d’Hadrien qui est raconté dans ce récit.

La « Bretagne » et les « Bretons » sont évidemment la Britannia romaine, l’île de Bretagne, et ses indigènes. Suivant la terminologie linguistique en vigueur, le traducteur du récit a rendu par « brittonique » le nom de la langue celtique – proche du gaulois continental et ancêtre du gallois moderne – parlée par ces indigènes.

Les noms des tribus Bretonnes ont été francisés, comme on le fait habituellement pour ceux des tribus gauloises. Il sera donc question de Coritanes (Coritani), Selgoves (Selgovae), Votadins (Votadini). (……) »


 

Nous nous mutinâmes quand nous parvînmes à l’Océan. Nous avions chevauché 50 jours, nos trois compagnies avec une demi-légion et deux troupes d’auxiliaires romains pour nous garder. Nous avons quitté Aquincum (Budapest) tard en juillet et chevauché dans la chaleur d’août : la poussière et les mouches étaient épouvantables. La plupart des bases de l’armée où nous nous arrêtions le long de la route n’avaient pas mis de côté les fournitures nécessaires pour un corps aussi nombreux, parce que personne n’avait envoyé de message pour leur dire de le faire. De ce qu’il y avait, les troupes romaines se réservaient la meilleure part, nous laissant une aigre soupe d’orge et du pain noir grossier. Nous n’étions pas habitués à ce régime, et il nous rendît malade. Les sabots de nos chevaux s’usaient sur les pavés des routes romaines, et les bêtes se mirent à boiter. Les Romains refusèrent de nous donner du cuir pour faire des hipposandales, si bien que nous coupâmes les bordures de cuir des toits de nos chariots. Alors, au début de septembre, quand nous quittâmes le Rhin et obliquâmes vers l’ouest en Gaule, il se mit à pleuvoir, et l’eau coulait à travers les toits desserrés et trempait tout : la literie, la nourriture, les vêtements. Tout empestait la laine mouillée, les chevaux mouillés, l’orge en train de moisir, et les hommes sales et mouillés, et nous détestions le contact de notre propre peau. Seules nos armures et nos armes étaient au sec : elles aveint été emballées dans des toiles huilées à Aquincum (Budapest) et chargées ans vingt chariots particuliers, dont les romains avaient pris la responsabilité.

Et un après-midi, juste avant la mi-septembre, nous descendions des collines quand nous l’aperçûmes, l’Océan. Il avait plu toute la journée, mais la pluie avait cessé vers midi, et le ciel s’éclaircissait. Les nuages s’écartèrent et laissèrent filtrer une lumière aqueuse vers l’ouest, au-delà de nous, et nous regardâmes et vîmes une immense plaine grise devenir, de façon soudaine et impossible, bleue. Nous n’avions jamais vu la mer. Nous tirâmes sur les rênes et nous nous arrêtâmes sur la route pour contempler cela. Le soleil luisait sur les vagues aussi loin que nos yeux pouvaient voir : nulle ombre de terre ne noircissait même l’extrême limite de l’horizon.

- C’est le bout du monde ! murmura Archak.

Gatalas émit une longue plainte de chagrin et d’effroi et se couvrit la face. Le son s’éleva au-dessus du tintamarre et du grondement des troupes devant et derrière nous, et quand il cessa, un silence complet se fit. Puis un murmure bruissant – « Qu’est-ce ? La mer. Nous avions atteint la mer »- courut dans les lignes. Quelques douzaines d’hommes et de chevaux trottèrent vers l’avant, quittant la route et s’égaillant sur la colline. Puis le silence revint.

Marcus Flavius Facilis, le centurion haut gradé chargé de nous, arriva au galop de quelques discussions avec ses subordonnés. C’était un homme trapu au cou de taureau, aux cheveux blancs, avec un visage qui s’empourprait quand il était en colère. Et pour l’heure, il commençait à s’empourprer.

- Qu’est-ce qu’il y a encore ? demanda-t-il en latin.

Il nous parlait toujours dans sa propre langue, bien qu’il n’y eût parmi nous que peu d’officiers et encore moins d’hommes pour la comprendre. Au cours du long voyage, il n’avait pas pris la peine d’apprendre le Sarmates, même juste assez pour nous donner des ordres. Archak, qui comprenait le latin, montra la mer. Gatalas ne la regarda même pas ; assis les mains sur le visage. Il se balançait d’avant en arrière sur sa selle. Facilis ne jeta qu’un coup d’œil à la mer. Ses yeux s’arrachèrent facilement à cette vision étincelante de bleu et d’argent, et se fixèrent plutôt sur la ville devant nous, en bas de la colline, un entassement rassurant de tuiles rouges et de chaume gris. (…)


 

Automne 175. Vaincus par Marc Aurèle, les Sarmates du Danube s’engagent à mettre la fine fleur de leur cavalerie nobiliaire, sous leur étendard du dragon, au service des aigles romaines. Mi-otages, mi-auxiliaires, trois de leurs unités sont envoyées dans l’ile de Bretagne, conquête récente que menacent les troubles internes et les raids des tribus insoumises. A la tête de l’une d’elles, le prince Sarmate Arientès, déchiré par sa culpabilité dans la défaite de son peuple et la mort atroce de sa famille, et qui sera bientôt partagé entre sa culture et sa compréhension des mécanismes du pouvoir romain. Entraîné dans les conflits et les complots, pourra-t-il rester Sarmate et devenir romain ? Retrouvera-t-il en Bretagne tout ce qu’il a perdu sur le Danube : amour, foyer, certitudes ?

Basé sur une histoire réelle et parfaitement documenté, le roman de Gillian Bradshaw brosse avec bonheur, chevauchés et batailles, intrigues politiques et amoureuses, psychologie et choc des cultures. Il fait revivre avec une véracité saisissante l’étrange épopée des cavaliers venus de la steppe défendre le mur d’Hadrien.

Gillian Bradshaw est née aux États-Unis en 1956.Elle a fait des études classiques aux États-Unis et en Grande-Bretagne où elle vit aujourd’hui. Elle est l’auteur de seize romans qui ont été traduits en français e en allemand. (Collection ACTES SUD).


 

Sarcophage - Soumission des Sarmates

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Le mur d'Hadrien

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