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L'affaire Dreyfus, par Roman Polanski

Publié le par Dominique

En dépit du Lion d’argent remporté à la Mostra de Venise, le dernier film de Roman Polanski ne manque pas, au moment de sa sortie, de susciter un certain malaise. Voilà que le réalisateur rattrapé par les affaires présente sa propre variation sur l’affaire Dreyfus, l’un des séismes politiques les plus retentissants de la fin de la fin du XIXe siècle. La perspective que la figure de Dreyfus, celle du bouc émissaire par excellence, puisse donner lieu à une sorte de justification personnelle et prêter le flanc à toutes les confusions, avait en effet de quoi susciter la défiance. Il n’en fallait pas plus pour faire de ce nouveau film, qui apparaît dans un contexte de profonde remise en question du cinéma français, le plus « attendu au tournant » de son auteur.

 

Or, J’accuse se révèle tout autre chose que le couplet autocomplaisant qu’on pouvait craindre. Adapté du roman D. de l’écrivain britannique Robert Harris, avec qui le cinéaste avait déjà signé l’ambitieux The Ghost Writer (2009), le film s’attache moins à la figure de Dreyfus, reléguée au second plan, qu’à celle du colonel Marie-Georges Picquart, chef du contre-espionnage qui mit au jour les irrégularités de la condamnation. En lui emboîtant le pas, le récit adhère à sa contre-enquête et réalise une plongée saisissante dans les arcanes troubles et tortueux de l’Affaire, retracée ici avec un parti pris de froideur et de distanciation.

 

Les dérives d’une institution

Le 5 janvier 1895, le capitaine Alfred Dreyfus (Louis Garrel), jugé coupable de trahison, est destitué de son grade et exposé à l’opprobre public dans la cour d’honneur de l’Ecole militaire, décor aux proportions écrasantes, avant sa déportation imminente sur l’île du Diable, en Guyane. Picquart (Jean Dujardin), son ancien formateur, non exempt de préjugés antisémites à son égard, est nommé à la direction du deuxième bureau, service du renseignement militaire qu’il découvre dans un état de délabrement inquiétant, transformé en un infâme tripot.

(...)

 

Article de Mathieu Macheret: Journal Le Monde - 12 Novembre 2019.

 
Alfred Dreyfus, né à Mulhouse le 9 Octobre 1859 et mort à Paris le 12 juillet 1935, est un officier français d'origine alsacienne et de confession juive. Il a été victime, en 1894, d'une machination judiciaire qui est à l'origine d'une crise politique majeure des débuts de la IIIème république, l'Affaire Dreyfus (1894-1906). Durant ces années de troubles, une large partie de l'opinion française se divise entre dreyfusards et anti-dreyfusards.

Alfred Dreyfus est le benjamin des neuf enfants de Raphaël Dreyfus1, industriel, et de Jeannette Libmann-Weill. Né en Alsace et de religion juive, il passe son enfance dans la maison familiale rue du Sauvage à Mulhouse.

Après l'annexion de l'Alsace-Lorraine par l'Allemagne en 1871, Lorrains et Alsaciens ont la possibilité de partir pour la France s'ils ne veulent pas devenir sujets de l'Empire allemand. En 1872, les Dreyfus optent pour la nationalité française et quittent l'Alsace pour Paris. Alfred, âgé de 13 ans, décide alors de s'engager dans l'armée française, souhaitant voir l'Alsace revenir à la France.

Il entre à l'École polytechnique en 18782,3 et devient officier d'artillerie. En 1890, il est admis à l'École de guerre.

La même année, il épouse Lucie Hadamard (23 août 1869-14 décembre 1945), issue d'une famille aisée de diamantaires originaire de Metz. Ils ont deux enfants : Pierre (5 avril 1891-28 décembre 1946) et Jeanne (22 février 1893-30 avril 1981).

Le Film

Le Film

Caricature d'Alfred Dreyfus par V. Lenepveu dans le Musée des Horreurs (1899).

Caricature d'Alfred Dreyfus par V. Lenepveu dans le Musée des Horreurs (1899).