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Un livre, une page. Deux gimlets sur la 5ᵉ Avenue, par Philippe Labro. Et un film...

Publié le par Dominique

« Racontant une idylle qui a la teinte de sa génération, Philippe Labro ne se contente pas d'une promenade dans Paris ou New York, ni de se souvenir d'un temps avec ses références. Il livre un roman serré, intime. On devine entre les mots que ces retrouvailles sont importantes pour lui aussi. Avec ces gimlets sur la Ve Avenue, il nous livre une grande rétrospective, autant que le souvenir d'une longue histoire d'amour. » Le Figaro Littéraire

« Labro sait raconter des histoires en y distillant des éléments de sa vie. On s'attache à Lucas, fougueux mais maladroit, trop jeune pour savoir aimer une Élisabeth frondeuse et libre. » Paris Match

« Sur la 5e Avenue, au bar du Sherry Netherland, où ils commandent des gimlets, le cocktail de gin et citron vert que Raymond Chandler fait boire à Philip Marlowe et ses clients, les deux Frenchies se promettent d'être heureux ensemble dans ce pays qui les a adoptés. Et auquel, une dernière fois, l'auteur d'« Un Américain peu tranquille » remet, en guise de lettres de créance, cette émouvante novella. » L'Obs

« Le meilleur du livre : la tendresse de l'auteur pour ses personnages et ces descriptions de l'innommable - présent et à venir-, tel que le 11 septembre l'annonce à l'Occident. Le roman n'est donc jamais sentimental ni extatique, au contraire. Il semble parfois bien cruel. La lucidité de l'auteur - parfaitement journaliste en sa fiction - renforce le récit et sa construction. » Atlantico

Dans ce court roman, Philippe Labro imagine les retrouvailles d’Élisabeth et Lucas en 2001 à New York, soit quarante ans après leur séparation à Paris. S’il nous prouve que la nostalgie est bien ce qu’elle était, il va aussi nous démontrer qu’à 60 ans, on est loin d’avoir vécu sa vie. Émouvant et revigorant.
Commençons par le titre. Si comme moi, vous ne savez pas ce qu’est un gimlet, c’est un « cocktail pas très à la mode. Il est simple : gin et jus de citron vert. » Lucas le commande par pur snobisme littéraire, car comme il l’explique, un certain Terry Lennox, client de Philip Marlowe, boit des gimlets dans The Long Goodbye (en français Le privé de Robert Altmann sorti en 1973). Ajoutons que Lucas est un passionné de cinéma, surtout de la période hollywoodienne en noir et blanc qui lui rappelle sa jeunesse et Élisabeth, son premier amour.
D’ailleurs ce court roman s’ouvre à Paris à l’automne 1961, lorsque Lucas reconnaît Élisabeth se promenant vers le Champ de Mars. Il va faire semblant de la croiser par hasard pour renouer une conversation brutalement interrompue quelques temps plus tôt. Il marchera jusqu’au pied de la tour Eiffel mais ne trouvera pas les mots pour la reconquérir. Pire, en étalant son savoir avec suffisance, le jeune homme va réussir à se brouiller à nouveau avec la belle, qu’il avait rencontrée dans une « boum » chez la fille d’un avocat. « Elle l’avait trouvé drôle et impertinent, curieux et différent. Surtout attendrissant par sa naïveté, qu’il s’efforçait de masquer, sa vulnérabilité qui l’avait touchée. »
Il ne leur avait pas fallu longtemps avant qu’il n’emménage dans son studio. Mais un jour, elle avait décidé que leur histoire avait vécu et qu’il pouvait regagner la chambre de bonne où il avait trouvé refuge après la mort de son frère aîné, qui n’était pas revenu d’Algérie. « Antoine n’était pas revenu de la guerre, Lucas en avait été exempté. Alors, il avait quitté «la maison » — l’appartement de ses parents, impasse Camoëns, dans le 16° arrondissement, vers l’âge de 18 ans. La tristesse qui régnait dans cet appartement à chaque heure du jour et de la nuit lui était devenue insupportable. »
En la voyant monter dans un bus, il sautera dans un taxi pour la suivre comme dans un film. Mais il n’est pas au cinéma et ne réussira qu’à l’apercevoir se recueillant devant une tombe au Père-Lachaise, une tombe comportant cette inscription: Thomas Peshkow 1926-1960. Ce sera la dernière image qu’il emportera d’Élisabeth avant de partir pour New York, avide de découvrir le cœur battant du monde.

 

Le roman bascule alors quarante ans plus tard, en automne 2001, quand Élisabeth reconnaît Lucas du côté de Central Park.
Sans le savoir tous deux ont vécu des années dans la même ville. Ils se retrouvent alors qu’une plaie béante vient de s’ouvrir, bouleversant l’état du monde, l’attaque contre les Twin Towers. « 8 heures 46, tour nord. Une brèche entre le 93e et le 99e étage. 8 heures 49, tous les programmes de télé habituels sont interrompus. La vie s’arrête. Le pays subit la sidération universelle. 9 heures 08. Tour sud. 73e et 85e étages. America is under attack. En fin de matinée, abrutis et assommés par le spectacle, par cette vision — il y avait ces petites figures noires qui tombaient des étages, dans le vide, c’était suffocant, insupportable. »
À 60 ans passés, et encore sous le coup de ce drame, leur état d’esprit est bien différent. Désormais, ils peuvent tout se dire. « On s’est aimés gamins, on s’est quittés, mais on sait qui on a été, qui on est, on détricote les mailles du rendez-vous manqué. Il n’y a ni mensonge, ni comédie, juste une vaste mise au point. »
En mêlant ses grandes passions, le cinéma – surtout américain – le journalisme et les États-Unis, Philippe Labro réussit une merveille de novella. Avec toute l’élégance de sa plume, il nous prouve que, contrairement à ce qu’affirmait Simone Signoret, la nostalgie est bien ce qu’elle était. Il nous démontre aussi que Tino Rossi avait raison de chanter La vie commence à 60 ans.
En refermant ce petit bijou, on n’a qu’une envie, aller commander un gimlet au bar du Sherry Netherland. Avec dans la tête, cette phrase de Marcel Proust en exergue du livre :

« Pour tous les événements qui dans la vie et ses
situations contrastées se rapportent à l’amour,
le mieux est de ne pas essayer de comprendre,
puisque, dans ce qu’ils ont d’inexorable comme
d’inespéré, ils semblent régis par des lois plutôt
magiques que rationnelles. »

Philippe Labro, journaliste et écrivain, est mort à l’âge de 88 ans. 
Après une dizaine d’années à « France Soir », il a rejoint RTL dont il a dirigé les programmes. Touche-à-tout, il a tourné plusieurs longs-métrages et travaillé comme parolier pour Johnny Hallyday et pour Serge Gainsbourg.

Philippe Labro et Johnny Halliday

Philippe Labro et Johnny Halliday

Philippe Labro et Jean-Paul Belmondo

Philippe Labro et Jean-Paul Belmondo

Passionné des Etats-Unis

Passionné des Etats-Unis

Ma mère, cette inconnue.
Netka n'a jamais voulu s'épancher sur son passé. Elle a pourtant connu un destin exceptionnel, que raconte son fils, Philippe Labro, après avoir enquêté, fouillé les archives et remonté les traces de ses ancêtres jusqu'en Pologne.

Née en Allemagne d'une liaison entre une jeune professeure de français et un riche comte polonais marié, Nekta est déclarée « de père inconnu ». Envoyée comme pensionnaire en Suisse puis en France, elle doit surmonter le mépris qui s'abat sur elle, une « bâtarde » abandonnée par ses deux parents. Adulte, elle devient fonctionnaire dans un ministère et rédige des critiques dramatiques, passionnée de théâtre. Netka tombe amoureuse d'un homme de quarante ans avec lequel elle ne tarde pas à se marier et à avoir quatre garçons. Pour avoir caché de nombreux juifs pendant la guerre, elle et son mari seront faits « Justes parmi les Nations », ce à quoi elle répondra simplement : « Ce n'était pas très difficile ce qu'on a fait, on les aimait. » Le portrait de Netka se termine à Nice, face à la mer, là où la vieille dame avait choisi de vivre après la mort de son époux et où l'auteur lui rendait fréquemment visite jusqu'à sa disparition.
 

Un livre, une page. Deux gimlets sur la 5ᵉ Avenue, par Philippe Labro. Et un film...

Sans mobile apparent, film 1971

À la télévision le jeudi 3 juillet à 13:35

La chaine ARTE rend hommage au réalisateur et scénariste Philippe Labro, disparu le 4 juin dernier, avec la diffusion de ce polar niçois haletant, sorti en 1971, où Jean-Louis Trintignant brille dans le rôle d'un commissaire obstiné.

À Nice, un homme muni d'un fusil à lunette a tué trois personnes, sans qu'on sache pourquoi. Le commissaire Stéphane Carella prend connaissance du journal intime d'une des victimes, un opulent industriel, et y découvre le nom d'une jeune femme, Jocelyne Rocca. Il la rencontre et découvre qu'elle a été en contact avec les trois disparus. Serait-elle la prochaine personne sur la liste du tueur ?

Réparties savoureuses
Signé Philippe Labro – journaliste et écrivain, décédé le 4 juin 2025, qui fit également un passage remarqué par le cinéma –, Sans mobile apparent est l’exemple type d’un cinéma qui n’existe plus, celui où la logique industrielle n’avait pas encore supplanté un artisanat dans lequel pouvait s’exprimer des manifestations de folie douce, de naïveté et de bricolage sympathiques, et réunir des personnalités artistiques d’horizon divers prêtes à s’amuser ensemble. Dans cette adaptation d’un roman d'Ed McBain – qui fut aussi le scénariste d'Alfred Hitchcock pour Les oiseaux –, Labro multiplie les références au film noir américain et offre le portrait assez fascinant d’un flic solitaire, tireur d’élite, maniaque et cassant. Trintignant s’en donne à cœur joie pour rendre son personnage le plus antipathique et bizarre possible (avec cette curieuse manie de toujours vouloir se laver les mains), entouré par une distribution hétéroclite allant de Sacha Distel à Dominique Sanda en passant par Laura Antonelli et Jean-Pierre Marielle affublé d’un improbable accent britannique. Dans Sans mobile apparent on ne compte pas les réparties savoureuses, les idées surprenantes et les détails insolites. La dimension satirique du film le situe entre les polars de Mocky et les brûlots d'Yves Boisset réalisés à la même époque, qui ne s’embarrassaient pas de nuances avec des seconds rôles et des situations grotesques ridiculisant les institutions, la magistrature, le monde politique et la bourgeoisie provinciale, forcément magouilleuse et partouzarde. L’italianité du film de Labro – hormis sa distribution – se manifeste aussi par l’apport d’Ennio Morricone dont la magnifique bande originale renforce l’atmosphère malsaine du film et
colle au caractère obsessionnel de son personnage principal.

Avec

Jean-Louis Trintignant ( l'inspecteur Stéphane Carella)

Dominique Sanda (Sandra Forest)

Sacha Distel (Julien Sabirnou)

Carla Gravina (Jocelyne Rocca)

Paul Crauchet (Francis Palombo)

Stéphane Audran (Hélène Vallée)

Laura Antonelli (Juliette Vaudreuil)

Jean-Pierre Marielle (Perry Rupert-Foote)

Philippe Labro (un journaliste au téléphone)

Réalisation

Philippe Labro

Scénario

Philippe Labro

Jacques Lanzmann