Overblog Tous les blogs Top blogs Lifestyle
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Bridget Riley, artiste britannique. Une passion pour Seurat

Publié le par Dominique

Au Musée d’Orsay, la peintre Bridget Riley, du néo-impressionnisme à l’abstraction. Jusqu'au 27 janvier 2025.


Une exposition déroutante montre comment l’artiste britannique a intégré les compositions de Seurat à ses propres recherches.

Au nom de l’artiste britannique Bridget Riley, née en 1931, est attachée une peinture strictement géométrique, composée de bandes colorées verticales parallèles, de grilles en noir et blanc et de constructions fondées sur la répétition de triangles ou de courbes. Dans les années 1960, elle était rangée du côté de l’op art, mais l’a été aussi du côté de l’art minimal – elle figure d’ailleurs dans l’actuelle exposition collective de la Collection Pinault consacrée à l’esthétique minimaliste à la Bourse de commerce, à Paris. Ces classements commodes ne disent rien de la singularité, de la continuité et de la cohérence de ses expériences visuelles. Elles font d’elle l’une des principales créatrices de l’abstraction de la seconde moitié du XXe siècle et d’aujourd’hui.

Pourquoi quatre salles lui sont-elles réservées au Musée d’Orsay, à Paris, consacré au XIXe siècle ? Parce qu’elle y rend hommage au néo-impressionniste Georges Seurat (1859-1891), qui a été, selon son mot, son « mentor ». Leur rencontre, qui a fait l’objet d’une première exposition à Londres, en 2015, a d’abord été le fait des circonstances. En 1949, Riley, qui a 18 ans, se rend à la National Gallery de Londres, qui rouvre enfin après les années de guerre au cours desquelles les collections avaient été dispersées loin de la capitale. « Pendant cinq ans, se souvient-elle, la guerre a été toute la vie. » Elle vit alors en Cornouailles, loin des bombardements. 

Article du Journal Le Monde passionnant: lire la suite sur Le Monde Culture du jeudi 30 octobre 2025

******************************************************************************************

Exposition de 2008, critique Le Monde: Bridget Riley, couleurs solaires et effets d'optique
Une belle rétrospective de l'artiste britannique au Musée d'art moderne de la Ville de Paris.

Attention les yeux ! Dès l'entrée, un tableau en noir et blanc happe le regard, l'engloutit et fait douter le visiteur de l'intégrité de sa vision. Il est intitulé Mouvement en carrés et a été peint en 1961 par la Britannique Bridget Riley, considérée comme un des meilleurs représentants de l'Op-Art, l'art optique.

Une responsabilité qu'elle récuse. Née en 1931 à Londres, elle n'a pas 25 ans quand l'exposition "Le Mouvement", à la galerie Denise René, met en lumière cette nouvelle tendance, incarnée alors par Vasarely. Et ce n'est que dix ans plus tard qu'elle accède à la célébrité, lors de sa participation à l'exposition "The Responsive Eye", au MoMA de New York.

Une célébrité à double tranchant : ses œuvres "Op" sont copiées et recopiées pour orner les devantures des grands magasins de Manhattan. L'affaire est à l'origine des premières lois américaines sur le copyright, votées en 1967, mais son travail a été si vulgarisé qu'il en devient presque invisible.

La présente rétrospective, qui se tient au Musée d'art moderne de la Ville de Paris, une première en France, lui rend justice et rétablit l'œuvre dans un contexte plus large. Elle prend ses racines non chez Vasarely, mais chez Seurat. Le sens du rythme viendrait plutôt des futuristes italiens ? Et son passage à l'abstraction suit le même processus que celui de Mondrian. La première salle, où il est recommandé de s'attarder, résume cela.

ABSTRACTIONS MOUVANTES

A gauche, une copie du Pont de Courbevoie, de Seurat, témoigne du désir d'une artiste alors débutante de comprendre le fonctionnement, tant optique que pictural, de la théorie des contrastes simultanés, de l'interaction d'une couleur sur sa voisine, de l'apparition virtuelle d'un troisième ton quand sont rapprochées deux couleurs complémentaires. A droite, une série de dessins, rythmés comme un tableau de foule de Balla : or ce ne sont pas des hommes en mouvement, mais des vignes toscanes. A proximité, des arbres, au crayon, si synthétiques qu'ils en deviennent presque abstraits.

Mondrian n'avait pas procédé autrement quand, à force de décomposer les branches des siens, il était parvenu à une série de "+" et de "-". Riley lui avait d'ailleurs rendu hommage en organisant une des meilleures rétrospectives qu'on ait vues du peintre hollandais (Le Monde du 19 août 1997).

Et puis il y a un paysage de Toscane, peint en 1960. Un échec : "Je ne suis pas parvenue à rendre le mouvement optique provoqué par la chaleur montant du sol", dit-elle devant la toile. Elle passe alors aux abstractions mouvantes en noir et blanc, qui lui valent la célébrité. Sur un principe assez simple, selon elle : "Expansion, contraction, expansion".

Puis la couleur revient, vers 1967. Avec, cette année-là, Late Morning, un tableau littéralement solaire qui triomphe de l'échec précédent. Depuis, Bridget Riley va de l'avant. Cette femme plutôt petite peint des formats parfois gigantesques. Ce peintre désormais admiré prend aussi de nouveaux risques, invente dans ses derniers tableaux une peinture surprenante de culot, jusqu'à, audace suprême pour une artiste qui, comme Cézanne, se veut "classique", abandonner le châssis et envahir directement le mur. Ce n'est plus Seurat qu'elle tutoie, mais Matisse.

"Bridget Riley, rétrospective". Musée d'art moderne de la Ville de Paris, 11, avenue du Président-Wilson, Paris-16e. Du mardi au dimanche de 10 heures à 18 heures, nocturne le jeudi jusqu'à 22 heures. Jusqu'au 14 septembre. Catalogue 326 p., 39 €. Et aussi Bridget Riley, l'esprit de l'oeil, écrits 1965-2007, Editions Beaux-Arts de Paris, 318 p., 20 €.

Bridget Riley

Bridget Riley

Bridget Riley, artiste britannique. Une passion pour Seurat
Bridget Riley, artiste britannique. Une passion pour Seurat
Bridget Riley, artiste britannique. Une passion pour Seurat
Bridget Riley, artiste britannique. Une passion pour Seurat
Le Pont de Courbevoie de Georges Seurat

Le Pont de Courbevoie de Georges Seurat