Denis Valode, architecte. Bâtir consiste à comprendre et respecter ce qui nous entoure.
Sale temps pour la création architecturale urbaine. Peu après Frank Gehry, voilà que son éminent confrère Denis Valode s’est éteint à l’âge de 79 ans. Moins médiatisé que d’autres starchitectes hexagonaux comme Jean Nouvel, Christian de Portzamparc, Dominique Perrault ou Jean-Michel Wilmotte, on lui doit pourtant pléthore d’emblématiques pièces métropolitaines : campus, centres commerciaux, gares, hôpitaux, îlots résidentiels, usines, tours. Autant de réalisations horizontales et verticales cosignées, en France et à l’étranger (Chine, Russie…), avec Jean Pistre, son binôme fondateur de l’agence Valode & Pistre (10 associés, 200 collaborateurs). «Pas de chichis dans nos projets taillés sur mesure », racontait en 2018 au Point le lauréat de l’Équerre d’argent pour l’« usine fleur » de L’Oréal à Aulnay-sous-Bois (1992). « Chacun d’entre eux est une énigme à laquelle nous tentons de répondre par une approche humaniste et contextuelle. L’éclectisme n’exclut pas le geste architectural s’il a un sens », complétait celui qui devait moderniser et agrandir la gare du Nord. Un fin dessinateur, amoureux des villes et de la nature, tendrement attaché à son épouse et collaboratrice, Caroline, qui saura perpétuer la mémoire de ce talentueux maître d’œuvre, archi discret.
Le Point, 18 décembre 2025
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Moins médiatisé que les « starchitectes » de sa génération, il laisse pourtant une empreinte considérable. Cofondateur en 1980 de l’agence Valode & Pistre avec Jean Pistre, il a conçu une multitude de projets emblématiques : tours, campus universitaires, gares, hôpitaux, centres commerciaux, quartiers entiers, mais aussi usines et édifices industriels. Sa manière de faire la ville, à la fois attentive, rigoureuse et inventive, a participé à définir les contours de la métropole contemporaine.
Parmi ses réalisations les plus marquantes figurent la tour Saint-Gobain à La Défense, les tours T1 du même quartier d’affaires, l’« usine fleur » de L’Oréal à Aulnay-sous-Bois – récompensée par l’Équerre d’argent –, le centre commercial Beaugrenelle à Paris, le musée d’art contemporain de Bordeaux, le grand stade Pierre-Mauroy à Lille, le parc des expositions de Shenzhen en Chine ou encore l’audacieux projet d’extension en mer Mareterra, à Monaco. À l’heure de sa disparition, plusieurs de ses chantiers s’apprêtent encore à voir le jour : les gares du Grand Paris Express (Thiais-Orly, Les Ardoines, Le Vert de Maisons), la cité administrative de Lille, ou l’élargissement du front de mer monégasque prévu pour 2025.
Architecte de formation classique, diplômé en 1969 de l’École des Beaux-Arts, Denis Valode fut également enseignant dès le début des années 1970. Très tôt, il manifeste une passion pour l’innovation constructive : en 1971, il remporte le programme « Architecture Nouvelle » avec un projet d’habitat industrialisé en matériaux synthétiques. Son parcours sera ensuite ponctué de distinctions : médailles d’argent et de vermeil de l’Académie d’architecture, grande médaille d’argent pour l’ensemble de son œuvre avec Jean Pistre, admission à l’Académie d’architecture, Légion d’honneur, officier des Arts et des Lettres.
Sa pensée, profondément humaniste et contextuelle, refusait les effets gratuits. Il revendiquait un éclectisme guidé par le sens, défendait l’idée d’un geste architectural responsable, et voyait chaque projet comme une énigme à résoudre. Ses dessins, précis et généreux, trahissaient un amour constant pour les paysages urbains et naturels, pour la manière dont l’architecture peut servir les usages, les habitants et les transitions à venir.
Ces dernières années, alors que la question de la transformation du bâti existant s’imposait dans les politiques publiques, Denis Valode en avait fait l’un de ses terrains privilégiés. Il soulignait l’intérêt du dialogue entre l’architecte et son prédécesseur, parfois même avec lui-même, tant ses propres bâtiments revenaient aujourd’hui pour une « seconde chance ». Une manière de repenser l’héritage, de se confronter à ses propres choix et d’accompagner la transition écologique sans renoncer à l’ambition architecturale.
L’agence Valode & Pistre, forte de dix associés et de plus de deux cents collaborateurs, va désormais poursuivre son œuvre sous la direction de son partenaire de toujours, Jean Pistre, qui a salué non seulement un associé irremplaçable, mais surtout un ami pour lequel il conservera une profonde admiration. Dans la mémoire de la profession restent ses villes dessinées, ses tours attentives, ses lieux publics lumineux, et cette manière de conjuguer maîtrise, sobriété et ampleur. L’architecture française perd un maître discret, élégant, et profondément attaché à l’idée que bâtir consiste avant tout à comprendre et respecter ce qui nous entoure.
Anse du Portier - Portier Cove, Principauté de Monaco - Denis Valode, Joost Moolhuijzen, Renzo Piano and Michel Desvigne
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