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Un livre, une page. Les piliers de la mer, de Sylvain Tesson

Publié le par Dominique

De l'aiguille d'Etretat à Totem Pole en Tasmanie en passant par les îles Féroé et le cap Horn, Sylvain Tesson a gravi en vingt ans plus de cent stacks, ces piliers rocheux dressés au large des falaises. Il raconte son tour du monde à la découverte de ces dernières terres inviolées par l'homme, qui, sauvages, libres et seules, sont la parfaite incarnation de son rapport au monde.

"En anglais, « aiguille maritime » se dit sea stack. Représentez-vous une colonne dressée à quelques encablures du rivage. En bas l’écume, en haut des plumes. La mer bave au pied, un goéland coiffe le sommet, entre les deux : la roche. Il y a des courants et des vagues, le mieux est d’interdire aux enfants d’approcher. Tel apparaît le pilastre au milieu des vacanciers.

Sa forme est fantasmagorique : depuis des millénaires, le vent et l’iode ont défoncé la roche, ornant la paroi de protubérances. En plus, le plus connu est l’aiguille d’Etretat. Il y en a dans les Calanques de Marseille, ivoirins dans la turquoise un peu vulgaire. A Belle-Ile, on en trouve un nid : les aiguilles de Port-Coton. Acérées, sombres, veinées de quartz blanc, elles sentent l’algue. Des mouettes les auréolent, sapées impeccable. Monet les a peintes avant de faire des meules."

"L’ascension suit généralement le même mode opératoire. Repérer un stack sur une carte, préparer son paquetage, prendre un kayak ou un zodiac pour arriver à son pied, réussir à débarquer, planter des pitons pour assurer la grimpe jusqu’à son sommet. Le plus périlleux est généralement la descente en rappel, avec parfois la nage jusqu’au rivage.  L’objectif est aussi d’éviter les promeneurs trop curieux qui pourraient alerter les garde-côtes locaux. Notamment lorsque l’on grimpe à proximité d’une base militaire, comme c’est le cas en Basse-Californie. Parfois, le sommet se réduit à une surface réduite à 1 m². Il y a parfois la place pour la contemplation de l’océan par deux individus. Voir même y dormir.

Du petit Baudelaire d’une hauteur de 12 mètres sur l’île canadienne de la Madeleine jusqu’au Old Man of Hoy dans les Orcades qui culmine à 135 mètres, les stacks sont « une ruine, un témoin, un souvenir » de l’érosion marine. Ce groupe de grimpeurs est parfois à l’origine de la première ascension humaine. C’est alors l’occasion de nommer certains de ces piliers en fonction de sa forme, de son emplacement ou du paysage observé depuis le sommet."

Un livre, une page. Les piliers de la mer, de Sylvain Tesson
Les Piliers de la mer » de Sylvain Tesson : à l'assaut des stacks

Les Piliers de la mer » de Sylvain Tesson : à l'assaut des stacks