"Le monde après nous", un film de Sam Esmail. L'apocalypse numérique et la comédie sociale. Sélection du Canard Enchaîné
(Leave the World Behind). Diffusé sur Netflix, le film de Sam Esmail, qui réunit Julia Roberts et Ethan Hawke, plonge les personnages dans une atmosphère de fin du monde après une cyberattaque.
Mélange de Comédie sociale et d'apocalypse, le film raconte la désintégration de la société américaine en quelques jours à la suite d'une cyberattaque. Un huit-clos qui est aussi un film à grand spectacle ponctué de séquence catastrophe. "J'ai voulu rappeler que la nature ne cesse de nous adresser des avertissements" explique le cinéaste." "Pour le reste, dans les moments de crise, les gens rient, souvent au mauvais moment. Les thrillers ont tendance à être sérieux, austères, et je crois que ce n'est pas comme ça dans la vie".
Désintégration de la société
Le film qui raconte la désintégration de la société américaine après une cyberattaque pousse jusqu'à l'extrême cette critique du monde numérique. Mais le metteur en scène se défend d'être technophobe: "Dans le film les personnages sont dans le noir, ces appareils dont ils sont venus à dépendre se retournent contre eux, et leur ignorance les rend encore plus vulnérables. Je voulais savoir ce qui se passait, comment ça pouvait détruire les liens qui les unissent, comment ça pouvait les dresser les uns contre les autres". Le Monde après nous tire le parti d'une distribution éblouissante. Dans la magnifique maison que le couple la loué à Long Island pour le week-end surgissent le propriétaire et sa fille, des Afro-américains plus fortunés que les locataires. Julia Roberts est remarquable en particulier dans le rôle d'une misanthrope vaguement raciste, une "Karen" comme on dit aux Etats-Unis.
« Putain, ce que je déteste les gens » (« I fucking hate people »), déclare Amanda Sandford (Julia Roberts) face caméra, au début du Monde après nous. Pas plus que Clay (Ethan Hawke), son mari, écrivain en panne d’inspiration, Amanda ne peut prétendre au titre d’espoir de l’humanité. Et c’est la piètre qualité de ce matériau humain qui fait tout l’intérêt du film de Sam Esmail, jusqu’ici connu comme créateur et réalisateur de séries (Mr. Robot, Homecoming).
Le scénario de Sam Esmail, adapté assez librement du roman de Rumaan Alam (Seuil, 2022), permet au film de se muter deux fois. La satire sociale, qui montre un couple de petits-bourgeois de Brooklyn et leurs deux enfants (Farrah Mackenzie et Charlie Evans), une petite fille obsédée par l’idée d’arriver au dernier épisode de Friends, un adolescent obsédé par ce qui obsède les adolescents, arrivant dans la somptueuse maison, tout au bout de Long Island, louée pour le week-end, accédant enfin au luxe qu’ils pensent mériter, devient un thriller. Alors que téléphone, télévision et Internet tombent en rade, un père (Mahershala Ali) et sa fille (Myha’la Herrold) sonnent à la porte en pleine nuit en se présentant comme les propriétaires des lieux. Les pulsions racistes d’Amanda, la lâcheté de Clay font sauter une première couche de civilité.
Failles d’antihéros
Quand la réalité de la situation éclate – une cyberattaque massive qui affecte aussi bien les télécommunications que les systèmes de transport ou d’alimentation en énergie –, ce n’est plus la civilité qui est en péril, mais toute la civilisation. Le Monde après nous se distingue parmi les films apocalyptiques par son insertion dans la chronologie : Sam Esmail préfère s’attacher au moment du basculement plutôt qu’aux efforts des survivants dans un monde déjà dévasté. Pas de transcendance dans l’épreuve non plus. Les failles des héros, abondamment exposées dans la première partie, ne se refermeront pas. La question n’est que de savoir si nos antihéros pourront s’en sortir avec elles.
A charge pour les acteurs de répondre à la question. Julia Roberts est magnifiquement monstrueuse, Ethan Hawke pathétique et répugnant, Mahershala Ali hiératique et fragile. Entre les morceaux de bravoure, les acteurs esquissent ce que pourrait être le monde d'après. Les lendemains ne chanteront pas.
Journal "Le monde". Thomas Sotinel
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" Le Monde après nous ", sur Netflix : la survie des plus médiocres
Diffusé sur Netflix, le film de Sam Esmail, qui réunit Julia Roberts et Ethan Hawke, plonge les personnages dans une atmosphère de fin du monde après une cyberattaque.
Journal "Le Monde"
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Courrier International
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