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Moment historique pour D. Trump. De la vitalité d’un Etat de droit mis à l’épreuve: les Etats-Unis

Publié le par Dominique

Donald TRUMP: une condamnation pour l’histoire et pour l’exemple

L’ancien président des Etats-Unis a été reconnu coupable des 34 délits de falsification comptable dont il était accusé. Pourtant, cela ne mettra pas un terme à sa campagne. La véritable sentence tombera au soir de l’élection présidentielle du 5 novembre.

Un repris de justice devrait selon toute vraisemblance figurer sur les bulletins de vote de l’élection présidentielle qui se tiendra le 5 novembre aux Etats-Unis. Douze jurés new-yorkais ont en effet déclaré à l’unanimité, le 30 mai, Donald Trump coupable des trente-quatre délits de falsification comptable dont il était accusé. Il s’agissait de dissimuler aux électeurs, lors de l’élection de 2016, l’achat du silence d’une actrice de films pornographiques protagoniste d’une ancienne relation extraconjugale.

Cette condamnation d’un ancien président, épilogue d’une sordide affaire, est une première dans l’histoire des Etats-Unis. Ses effets sont pourtant très incertains. L’ancien homme d’affaires, qui a agoni ses juges dès l’annonce du verdict, a mithridatisé de longue date ses fidèles en se présentant comme le martyr d’un complot visant à l’abattre, ourdi par un « Etat profond » promis à la purge s’il revient au pouvoir. Le Parti républicain dont il porte les couleurs et qui se présentait naguère comme « le parti de la loi et de l’ordre », a perdu depuis belle lurette sa boussole morale et opine à chaque attaque trumpienne contre les fondations de la démocratie américaine.

Témoignage de la résilience d’une justice devant laquelle tout citoyen est tenu de rendre des comptes, celle rendue à New York n’en a pas moins fait œuvre utile en disséquant, sous les regards de tous, le comportement d’un homme qui a fait du mépris de la règle commune une hygiène de vie. Mettre le droit entre parenthèses pour prévenir le soupçon de politisation, comme le prônait le camp conservateur, revenait à accorder à l’accusé une impunité injustifiable.


La vérité était due aux électeurs de novembre. On ne peut que déplorer que les autres affaires pour lesquelles Donald Trump est encore poursuivi, d’une tout autre gravité, aient été enterrées par une magistrate de Floride complaisante, Aileen Cannon, nommée en son temps par le républicain, ou inexplicablement ralenties par une Cour suprême complice, dont l’image est entachée par les soupçons embarrassants de partialité qui pèsent sur deux des six juges conservateurs, Samuel Alito et Clarence Thomas.

Ces affaires renvoient en effet à l’exercice du pouvoir tel que le conçoit Donald Trump. Il s’agit de sa tentative d’annuler, en toute simplicité, le verdict des urnes, en 2020, pour s’épargner une défaite humiliante, ainsi que de la conservation en toute illégalité de documents classifiés après la fin de son mandat, en dépit des admonestations répétées de l’Etat fédéral. Autant d’éléments indispensables pour que les citoyens des Etats-Unis puissent se forger une opinion informée et choisir en toute connaissance de cause la personne qui s’assiéra derrière le Resolute desk du bureau Ovale de la Maison Blanche en des temps particulièrement troublés.

En effet, quelle que soit la peine qui sera prononcée contre Donald Trump lors de l’audience fixée pour l’instant au 11 juillet, cette dernière ne mettra pas un terme à sa campagne présidentielle. La véritable sentence tombera au soir du 5 novembre. Dans un passé encore proche et en dépit des vulnérabilités avérées de Joe Biden, l’inaptitude de l’ancien homme d’affaires à la fonction présidentielle, que confirme à sa manière le verdict de New York, aurait été une affaire entendue.

Journal Le Monde 31/05/2024