« Oh, Canada » un film de Paul Schrader. Le film qu'il faut voir à Cannes et en salle. Sélection du Canard Enchaîné
Sous ses allures de drame de chambre, simple et modeste, le nouveau film du cinéaste américain, adapté du roman éponyme de Russel Banks, cache une œuvre ambitieuse et complexe.
Sélection officielle - En compétition.
Paul Schrader, scénariste et cinéaste américain, l’un des derniers vétérans des années 1970 encore en activité, a connu une carrière en dents de scie, et depuis quelques années une véritable résurrection, ayant adopté un système comparable à la Série B d’antan, enchaînant les films à petits budgets tournés rapidement. Après une trilogie consacrée à des figures torturées d’hommes de métier (First Reformed, The Card Counter et Master Gardener), Oh, Canada, accueilli dans les rangs de la compétition cannoise, poursuit sur la même lancée, mais renverse la vapeur. Adapté du roman éponyme de Russel Banks, le film se pense aussi comme un hommage au grand romancier américain disparu en janvier 2023. De mort, c’est bien ce dont il est question ici, dans ce film qui se penche sur l’agonie de l’artiste, et sur ce qui disparaît inévitablement avec lui, soit l’esprit d’une époque. Avec un tel sujet, difficile de ne pas penser que le vénérable cinéaste de 77 ans se tend un miroir, et même rassemble les dernières cendres bientôt balayées d’un nouvel Hollywood dont il aura été l’une des chevilles ouvrières.
Le film se déroule le temps d’un entretien, accordé par ses anciens étudiants à un homme malade, Leonard Fife (Richard Gere), documentariste éminent et figure de la contre-culture des années 1960-1970, réputé pour son insoumission à la guerre du Vietnam et son exil politique au Canada. Avec la simplicité vibrante dont Schrader est aujourd’hui capable, les premiers plans, ceux du générique, se consacrent à l’installation du plateau, clin d’œil énamouré au dispositif de base du cinéma : un projecteur qui s’allume, un pied de caméra soigneusement posé, une marque au sol en forme de croix…
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« Oh, Canada » de Russell Banks : le roman de la mort qui se profile
Il écrit depuis près de cinquante ans et compte parmi les plus grands auteurs américains. Ses derniers livres sont aussi les plus intimes : ainsi « Oh, Canada » est-il le roman de la mort qui se profile. Clés de lecture d’une œuvre.
En près de vingt livres et quarante-sept ans d’écriture – son premier roman, Family Life (non traduit), est paru en 1975 –, Russell Banks, 82 ans, a édifié l’une des œuvres les plus engagées de la littérature américaine contemporaine, dénonçant avec force toutes les formes de violences, sociales, familiales, matérielles ou symboliques, qui gangrènent les Etats-Unis. Ces dernières années, pourtant, l’écrivain s’est engagé sur une voie plus intime. Au début de Voyager (Actes Sud, 2017), où il explore notamment le thème de la vieillesse, Banks cite la phrase fameuse de Marguerite Yourcenar dans Mémoires d’Hadrien (Plon, 1951) : « Comme le voyageur qui navigue entre les îles de l’archipel (…), je commence à apercevoir le profil de ma mort. » Ce profil se découpe nettement dans Oh, Canada, où Banks brosse le portrait d’un vieux cinéaste qui, se sachant condamné, fait de sa fin prochaine l’héroïne d’un film. Aussi brillante que bouleversante, cette ultime quête de soi mêle l’émerveillement à la lucidité, l’incrédulité à l’authenticité. Banks l’a placée, cette fois, sous le signe de la poésie, celle de Fernando Pessoa : « Au souvenir de qui je fus, je vois un autre. »
Culpabilité
C’est un thème récurrent chez Russell Banks. En 2017, l’écrivain confiait au Monde ce sentiment de faute qui lui colle à la peau. Comme lui, ses alter ego romanesques se sentent coupables, vis-à-vis des femmes, notamment. « Un homme qui s’est marié quatre fois a bien des explications à fournir », déclare le protagoniste de Voyager. Avant d’ajouter : « Je voulais m’expliquer à moi-même cette répétition compulsive qui m’amenait à quitter une femme bien pour une autre femme bien. Etait-ce vraiment de l’amour ? Ces femmes, les avais-je réellement aimées ? Comprises ? »
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Guerre du Vietnam 1955-1975 (Etats-Unis: 58 209 morts)
De la conscription à l'instruction militaire
Durant le conflit vietnamien, 26 800 000 jeunes américains furent à un moment ou un autre susceptibles d’être appelés sous les drapeaux dans le cadre du recrutement sélectif instauré en 1948.
Sur ce nombre un peu plus de 30% soit 8 720 000 s’engagèrent volontairement et un peu moins de 10% soit 2 215 000 furent appelés, il en restait environ 60% ou 15 980 000 qui ne mirent jamais les pieds au Vietnam.
Seulement 3,5% ou environ 570 000 de ces derniers étaient des insoumis ne s’étant, soit pas présenté au recensement, soit ayant décidé de partir à l’étranger (un grand nombre s’exila au Canada).
Les 96,5% restant ou 15 410 000 eurent une dispense, un sursis, ou encore furent déclarés inaptes. Parmi ceux- là il y avait les fameux objecteurs de conscience refusant la guerre, mais il y avait également ceux qui se marièrent ou qui étaient charge de famille. Certains allèrent même jusqu’à se mutiler pour échapper à l’incorporation. Mais la plupart s’inscrirent simplement à l’université ou entamèrent un troisième cycle. En effet seulement 23% des étudiants de premiers cycle universitaire et 45% des bachelors furent appelés.
OH, CANADA de Paul SCHRADER - Rang I - Festival de Cannes
https://www.festival-cannes.com/mediatheque/oh-canada-de-paul-schrader-rang-i/
Festival de Cannes - après la projection du film
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