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Le Tableau volé de Pascal Bonitzer, le film que l'on peut voir en ce moment. Sélection du Canard Enchaîné

Publié le par Dominique

Ce film est dédié à Sophie.

Inspiré d’une histoire vraie – celle de la redécouverte, dans le logement modeste d’un ouvrier, d’un Egon Schiele spolié par les nazis –, le film Le Tableau volé de Pascal Bonitzer, en salles depuis le 1er mai (avec Alex Lutz dans la peau d’un commissaire-priseur antipathique, accompagné de Léa Drucker) nous immerge dans l’univers machiavélique des salles de ventes, où les intrigues se nouent et les millions s’envolent.

Si le réalisateur Pascal Bonitzer s’inspire également d’une histoire vraie qui remonte elle aussi à l’Autriche des années 1910 et à la Seconde Guerre mondiale – celle d’un tableau exceptionnel d’Egon Schiele (1890–1918) retrouvé en 2005 chez un modeste particulier –, Le Tableau volé est surtout un prétexte pour brosser un portrait au vitriol du milieu de l’art, des inégalités sociales et des travers humains…L’acteur Alex Lutz y campe le commissaire-priseur André Masson (homonyme du peintre !), un antipathique requin des enchères, employé par la maison de vente Scottie’s – contraction savoureuse de Sotheby’s et de Christie’s. Celui-ci est contacté par une avocate lui annonçant que son client, un jeune ouvrier de Mulhouse, aurait chez lui un tableau d’Egon Schiele. Persuadé qu’il s’agit d’un faux, Masson se rend néanmoins sur place en compagnie de son ex-épouse experte.

Là, le duo est pris d’un fou rire incrédule : il s’agit de l’authentique Soleil d’automne (Tournesols) d’Egon Schiele – tableau torturé de 1914 représentant, en écho à ceux de Van Gogh, des tournesols morts et ratatinés sur un fond argenté, à la fois maladifs, fragiles et vénéneux, comme les corps noueux aux peaux parcheminées qui ont fait la renommée de l’expressionniste autrichien… Une œuvre de grande valeur qui était demeurée introuvable depuis son vol par les nazis dans les années 1940 !

Bien réels, les tournesols de Schiele, reproduits à l’identique dans le film, avait été spoliés au collectionneur juif viennois Karl Grünwald (1899–1964), qui a réussi à fuir hors d’Europe tandis que son épouse, sa fille et toute sa famille ont été assassinées à Auschwitz.

L’œuvre a ensuite été retrouvée dans le salon d’un modeste appartement de Mulhouse, un ami du propriétaire ayant, un beau jour, fait le lien entre cette peinture et la couverture d’un magazine consacrée à Schiele.

Les Tournesols d'Egon Schiele - 1914

Les Tournesols d'Egon Schiele - 1914

La dernière apparition publique de cette œuvre majeure, qui est un hommage à Vincent Van Gogh, remonte à l’été 1937 au Jeu de paume, à Paris. Elle avait été confis­quée durant la Seconde Guerre mondiale par les nazis. En apprenant l’origine du tableau, son propriétaire l’a immédiatement rendu aux héritiers spoliés de Karl Grünwald. Le tableau, estimé 4 à 6 millions de livres sterling (5,8 à 8,7 millions d’euros), sera mis en vente à Londres le 20 juin.

La gare centrale de Mulhouse (68)

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