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Robert Ryman, au-delà du blanc. Le regard en acte

Publié le par Dominique

Artiste du blanc, des blancs, Robert Ryman (1930-2019) récusa sa carrière durant les épithètes                  « minimaliste » et « abstrait », préférant que sa peinture fût qualifiée de « réaliste » au nom de ce qu’elle était assurément : une expérience voluptueuse.

Au Musée de l’Orangerie, Robert Ryman, le regard en acte, jusqu'au 01 juillet 2024
Le musée parisien offre sa première grande exposition au peintre new-yorkais, dont l’art est plus complexe que ce à quoi on l’a souvent réduit.

Ryman : le nom fait naître de façon à peu près automatique l’image d’une surface carrée uniformément blanche. Robert Ryman est en effet ce peintre new-yorkais qui, à partir de 1959, a consacré son œuvre à une question : que faire avec le seul blanc ?

Que l’Orangerie lui consacre une exposition, la première d’ampleur dans un musée français depuis 1981, ne peut donc apparaître que comme un paradoxe ou une provocation. Ryman à quelques mètres des Nymphéas de Monet, sa géométrie immaculée à proximité de ses flux de couleurs flottantes : c’est inattendu, à première vue.

Mais c’est là trop se fier aux apparences et aux idées reçues : car le propos de la rétrospective est de montrer que l’art de Ryman est bien plus complexe que la formule à laquelle l’histoire de l’art tend à le réduire et qu’en fait il n’est pas sans rapport avec Monet, dont quelques vues de la cathédrale de Rouen concluent le parcours. Tentative réussie, pour peu que l’on veuille prendre le temps d’examiner les œuvres exposées avec assez d’attention. Elles sont assez peu nombreuses, une quarantaine, de sorte que chacune, quel que soit son format, dispose d’assez d’espace autour d’elle et que ses singularités se voient et la distinguent des autres. Car elles se distinguent entre elles : le principe de Ryman est celui de la variation, avec des différences plus ou moins nettes, plus ou moins perceptibles.

Gardien au MoMA
Avant d’y arriver, il fait des études de musique, étant né à Nashville (Tennessee), et joue du saxophone ténor. En 1952, il vient à New York, toujours pour la musique. Pour vivre, il s’engage comme gardien au Museum of Modern Art (MoMA). Il y fait son éducation artistique et rencontre Mark Rothko, qui y expose en 1961.

Cette année-là, Ryman lâche définitivement la musique pour la peinture, qu’il pratique alors depuis quelques années. Abstraite, comme il se doit à l’époque à New York, par taches de couleurs, pour autant qu’on puisse en juger car, sur les toiles les plus anciennes exposées, qui datent de 1959, les taches sont déjà presque entièrement recouvertes de blanc, un blanc épais, légèrement grumeleux, dans lequel les mouvements de la brosse laissent des traces.

Ryman n’est certes ni le premier ni le seul à se laisser éblouir par la blancheur. Avant lui, il y a eu le Carré blanc sur fond blanc de Kasimir Malevitch vers 1918 et, plus près de lui, les White Paintings de Robert Rauschenberg au début des années 1950, qui vont de pair avec les Black Paintings. Il y a, en même temps que lui, le développement de ce que son contemporain Piero Manzoni nomme « achromes » : des compositions blanches obtenues avec des draps, du coton ou du kaolin. Plus généralement, ses premiers travaux participent aux débuts du minimalisme new-yorkais et figurent dans plusieurs expositions de ce courant au fil de la décennie. Il y montre ce qu’il fait alors : des bandes horizontales blanches à l’émail sur bristol ou à la laque sur coton ou aluminium.

Le peintre américain Robert Ryman est mort le 8 février 2019 à New York, à 88 ans.
L’artiste avait fait sa spécialité des monochromes blancs peints sur une grande variété de supports. 
C’est peut-être à lui que pensait Yasmina Reza en écrivant sa pièce de théâtre à succès, Art, où des amis s’écharpent après l’achat par l’un d’eux d’un tableau monochrome blanc : le peintre américain Robert Ryman, qui en avait fait sa marque, est mort le 8 février, à New York, à l’âge de 88 ans. Né le 30 mai 1930, à Nashville (Tennessee), il se rêvait musicien et était venu, au début des années 1950, parfaire sa formation de saxophoniste (il avait joué dans l’armée pendant deux ans) à New York. Pour vivre, et payer ses leçons de sax ténor, il tâta des petits boulots, dont l’un fut sans doute déterminant : il devint gardien au Museum of Modern Art (MoMA). Quarante ans plus tard, en 1993, le MoMA lui consacrait une rétrospective…

La décision de devenir peintre (en la matière, totalement autodidacte) fut d’une lente maturation, quatorze ans environ, durant lesquels il observa moins les visiteurs qu’il était chargé de surveiller que les tableaux qui faisaient alors leur entrée au musée, les Rothko, les Pollock, comme ceux installés là depuis plus longtemps, les Malevitch, les Mondrian, mais aussi les Matisse. Il pouvait aussi échanger ses impressions avec deux autres jeunes gardiens tout aussi passionnés que lui, qui devinrent et ses amis et des artistes eux aussi, Dan Flavin et Sol Lewitt.

Au Guggenheim dès 1972
Il fréquentait également, hors musée, des artistes comme Ellsworth Kelly, récemment rentré de France, qui pouvait lui donner des nouvelles de l’abstraction parisienne, ou Robert Mangold, son voisin d’atelier. Et s’il ne fut jamais un théoricien, son épouse l’était pour deux : en 1960, il s’était marié avec la critique d’art Lucy Lippard, une des grandes défenseuses de l’ab
straction, du minimalisme et de l’art conceptuel.

Robert Ryman, peintre et architecte

Robert Ryman, peintre et architecte

Sans titre 2010

Sans titre 2010

Robert Ryman - Paradox

Robert Ryman - Paradox

Robert Ryman

Robert Ryman

Robert Ryman

Robert Ryman