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Jacob Soll, philosophe, historien et comptable

Publié le par Dominique

Né en 1968, Jacob Soll est professeur d'université et professeur de philosophie, d'histoire et de comptabilité à l'Université de Californie du Sud. Il est titulaire d'un DEA de l'École des Hautes Études en Sciences Sociales de Paris et d'un doctorat du Magdalene College de l'Université de Cambridge. Il a enseigné à l'Université de Cambridge, à l'Université de Princeton, à l'Université Rutgers et à l'Institut universitaire européen de Fiesole, en Italie.
Jacob Soll a reçu de nombreux prix prestigieux, dont le prix Jacques-Barzun de l'American Philosophical Society, une bourse Guggenheim et, en 2011, la bourse MacArthur « Genius Prize » d'une valeur de 500 000 dollars.
Son premier ouvrage, « The Prince »: Reading, History, and the Birth of Political Criticism (2005), examine la popularisation de l'œuvre de Machiavel et son influence sur la pensée politique moderne. Il a reçu le prix Jacques-Barzun de l'American Philosophical Society. Dans son deuxième ouvrage, "Le Maître de l'information" (2009), il étudie comment Jean-Baptiste Colbert, célèbre ministre des Finances de Louis XIV, a fusionné la gestion financière et les sciences de la bibliothèque pour créer l'un des premiers États informationnels modernes.
L'ouvrage de Soll, Le Jugement : Responsabilité financière et essor et déclin des nations (2014), présente une vaste histoire de la comptabilité et de la politique, s'appuyant sur une multitude d'exemples tirés de plus d'un millénaire d'histoire humaine pour révéler comment la comptabilité peut servir à la fois à bâtir des royaumes, des empires et des civilisations entières, mais aussi à les saper. Il explique que les origines de notre propre crise financière trouvent leurs racines dans une longue déconnexion entre les êtres humains et leurs tentatives de gérer les chiffres financiers. Le Jugement s'est vendu à plus de 150 000 exemplaires dans le monde. Son ouvrage, "Free Market: The History of an Idea" (2022), retrace les origines et l'évolution de la pensée économique, de Cicéron à Milton Friedman, et examine le fonctionnement des marchés libres à une époque de crise et de montée de l'autoritarisme.
Jacob Soll contribue régulièrement au New York Times, à Politico, au Boston Globe, à The New Republic, à PBS, à Salon.com et au Chronicle of Higher Education.
Ces dernières années, il s'est directement impliqué dans les questions politiques liées à la crise de la dette grecque, en collaborant avec des acteurs grecs, européens et privés, et a récemment collaboré avec le gouvernement portugais sur la réforme financière. Il a également collaboré étroitement avec le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez. Historien intellectuel primé de la Renaissance et des Lumières, le professeur Soll a également été nommé parmi les 50 meilleurs experts comptables de 2015 par le magazine The Accountant, la plus ancienne publication de la profession. Mêlant études historiques et études politiques, il est aujourd'hui un porte-parole indépendant reconnu en matière de transparence gouvernementale, de normes financières internationales et d'éthique comptable professionnelle.

Il vit à Los Angeles. À l'Université de Californie du Sud, il enseigne la philosophie de la pensée économique et politique ainsi que l'histoire de la Renaissance et des Lumières et a organisé des forums sur la politique européenne.

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Journal Le Monde 19 avril 2025

« Donald Trump s’inscrit dans une longue tradition protectionniste américaine »
Père du protectionnisme aux Etats-Unis, le secrétaire au Trésor de 1789 à 1795 Alexander Hamilton se méfiait aussi de ses excès, contrairement à Donald Trump, qui tombe à bras raccourcis dedans, estime l’historien Jacob Soll, dans une tribune au « Monde ».

Sous l’impulsion de Donald Trump (mais aussi de Joe Biden), les Etats-Unis, jusque-là perçus comme le bastion du capitalisme libéral, sont devenus une nation ouvertement protectionniste. Certains soulignent que cette évolution s’inscrit dans une très ancienne tradition, qui remonte aux origines. L’un des Pères fondateurs, Alexander Hamilton (1757-1804), n’était-il pas le premier protectionniste américain ? Vrai, même si l’approche du commerce international de Hamilton était très différente de celle de l’actuel président. Il croyait qu’il fallait protéger les industries américaines naissantes, mais pas de puissants intérêts.

Jeune nation née d’une guerre contre le Royaume-Uni, les Etats-Unis étaient dépendants des grandes puissances européennes, et leur économie était vulnérable. En 1790, le président George Washington demanda au Congrès de « promouvoir les manufactures », afin que le pays devienne autosuffisant, « notamment pour les fournitures militaires ». L’Amérique avait souffert de pénuries durant la guerre d’indépendance, et le président et le secrétaire au Trésor, Alexander Hamilton, restaient traumatisés par le Prohibitory Act britannique de 1775, un blocus commercial qui avait privé le pays de produits de première nécessité. Hamilton en était venu à penser que le discours sur le libre-échange n’était qu’un écran de fumée pour permettre la domination britannique des marchés. En décembre 1791, Hamilton présenta au Congrès son rapport sur les manufactures. Ce plan répondait aux arguments d’Adam Smith, qui affirmait que le libre-échange créait de la richesse dans tous les cas de figure. Hamilton proposa, « par le soutien extraordinaire du gouvernement, d’accélérer la croissance des manufactures ». Il prônait l’utilisation des subventions et des droits de douane pour « préserver l’équilibre du commerce ».

Il affirmait que les filatures de coton étaient responsables des « immenses progrès » de la Grande-Bretagne et qu’il fallait, pour les connaître, se doter d’une véritable stratégie industrielle, en suivant l’exemple du « grand Colbert ». La voie à suivre était d’imposer des droits de douane modérés, entre 7 % et 10 % (....)

Le grand Colbert

Le grand Colbert

Alexander Hamilton 1895

Alexander Hamilton 1895

Professeur Jacob Soll

Professeur Jacob Soll

Dernier article paru, Journal Le Monde

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