Frank Gehry
Premier d’une génération de bâtisseurs-stars, il a su libérer l’architecture de contingences jugées immuables, apportant un vent nouveau dans ses bâtiments, tout en courbes et ondulations comme le Musée Guggenheim à Bilbao ou la Fondation Louis Vuitton à Paris. L’Américano-Canadien est décédé le 5 décembre 2025, à l’âge de 96 ans.
Frank Gehry, est l’un des plus célèbres architectes du monde contemporain. Il suit de quelques années sa consœur Zaha Hadid, disparue en 2016, avec qui il partageait l’honneur périlleux d’avoir « libéré » l’architecture de contingences qu’on pensait à peu près immuables : la pesanteur, les canons classiques de la beauté (grosso modo l’angle droit et le cercle, mais aussi la lumière directe), quelquefois même l’utilité, qui pouvait évoluer dans le temps. En somme, les trois principes que le Romain Vitruve attendait de tout édifice : la solidité (firmitas), la beauté (venustas), l’utilité (utilitas) à quoi il faut ajouter l’heureuse imitation de la nature… Gehry et Hadid, l’un et l’autre Pritzker Prize (le « Nobel » de l’architecture), s’étaient en outre affranchis de toute notion de prix raisonnable. Ils étaient donc adulés avec ferveur, ou passionnément détestés. Parmi les premiers admirateurs de Frank Gehry, quelques voyageurs, étudiants ou jeunes architectes, venus surtout d’Europe sur la Côte ouest des Etats-Unis pour parer leur chevelure d’orchidées ou de bandanas, découvrir de nouveaux champignons et la fumée du cannabis. L’un d’eux, Olivier Boissière, jeune écrivain français, en rapporta plusieurs ouvrages dont le premier fit découvrir Gehry, en même temps que Stanley Tigerman (....) Le Monde
Que pouvait faire de plus extraordinaire Frank Gehry après la Fondation Louis Vuitton jaillissant comme un nuage transparent à la lisière du Jardin d’acclimatation, dans le bois de Boulogne ? Même si elle n’est pas sa dernière œuvre, le Guggenheim d’Abu Dhabi étant en passe de s’achever après des années de retard, ce vaisseau de verre qui porte très haut la culture de la France a valeur de testament. À lui seul, il condense toute l’audace de cet architecte, qui a passé sa vie à tordre les formes, à déconstruire les lignes, à pousser toujours plus loin les prouesses techniques pour donner réalité à ses esquisses crayonnées sur la page blanche. Ce faiseur de rêves fut avant tout un chercheur habité par l’envie d’imaginer des bâtiments sans cesse plus uniques, plus audacieux, plus emblématiques en dépassant les limites qu’impose l’architecture.
Lauréat en 1989 du prix Pritzker Le Figaro
Avec ce « bâtiment, qui évolue en fonction de l’heure et de la lumière…, à l’image d’un monde qui change », disait Frank Gehry, certains pensaient que le génie américano-canadien avait signé là son dernier geste. Eh bien, non ! La star architecte, qui mérite bien ce nom pour piquer de mémorables colères, nous avait une fois de plus étonnés avec la Fondation Luma, à Arles : une tour de 156 mètres construite pour la collectionneuse Maja Hoffmann, sur 10 hectares de friche industrielle réhabilitée en centre d’art associant artistes, penseurs, scientifiques et acteurs de la vie économique. Un bâtiment qui reçut éloges et critiques.
Cette nouvelle folie déstructurée - trois « rochers » métalliques couverts de 11 800 briques d’acier séparés par de grandes failles vitrées - montrait toutefois avec force comment, à 88 ans, l’architecte avait gardé son enthousiasme. En vieux pro, ce lauréat en 1989 du prix Pritzker (l’équivalent du prix Nobel pour l’architecture), qui a reçu le lion d’or, en 2008, pour l’ensemble de son œuvre à la XIe Biennale de Venise, aimait à se réinventer et à se dépasser, quitte à faire résoudre les problèmes de construction par d’autres. C’est en créant des formes que l’on trouve des solutions. Redonner une identité et une fonction à un lieu désaffecté a toujours été son moteur. Il l’a prouvé à Bilbao, où le Musée Guggenheim, sorti de ses carnets, a redonné à la ville naguère sinistrée un pouvoir d’attraction si puissant qu’elle est devenue une destination touristique de premier ordre. Le succès devrait être au rendez-vous dans la ville des Alpilles, capitale de la photographie, même si le bâtiment a déjà suscité la critique pour sa drôle de forme détonnant avec l’environnement et sa tour en béton peu heureuse à l’arrière du bâtiment…
Frank Gehry aura dû attendre la livraison de la Fondation Louis Vuitton pour que lui soit proposée une grande rétrospective au Centre Pompidou en 2014-2015. Ce fut la première exposition complète de son travail permettant d’embrasser toute son œuvre. Et quelle œuvre ! On ne compte plus ses réalisations : de la Maison dansante, au centre de Prague (avec Vlado Milunic), au Vitra Design Museum, près de Bâle ; du Walt Disney Concert Hall, à Los Angeles, à la Cinémathèque française, à Paris ; du Musée des beaux-arts de Toronto à celui de Minneapolis ; de l’Üstra Office Building, à Hanovre, à l’IAC Building, à New York. À la fin des années 1970, l’extension de sa propre maison à Santa Monica lui vaut la reconnaissance internationale. Elle devient un manifeste ! Autour d’une maison banale, typique de l’architecture pavillonnaire californienne, Frank Gehry construit une extension avec des matériaux pauvres, de la tôle ondulée, du bois, du grillage industriel, créant ainsi son propre langage. Puis il s’approprie l’idée du « one room building », de l’architecte américain Philip Johnson : toutes les pièces d’une maison s’autonomisent et deviennent des bâtiments uniques et hétérogènes. Le plus bel exemple est sans doute la Winton Guest House, maison d’invités d’un couple de collectionneurs, dont les éléments présentent des formes et des matériaux très différents. Avec le numérique, des formes incroyables
Né en 1929 à Toronto et arrivé aux États-Unis à 17 ans, ce fils de commerçant qui tient sa sensibilité de sa mère mélomane a toujours travaillé sans relâche. Au début de sa carrière, et jusqu’aux années 1980, Frank Owen Goldberg (il a changé son nom en Frank Owen Gehry en 1954) œuvre pour des promoteurs et des agences d’urbanisme. Parallèlement, des commandes de maisons individuelles et d’ateliers d’artistes lui permettent d’étendre ses recherches. Toute sa vie, il restera très proche de ses amis artistes : Richard Serra, Robert Rauschenberg, Jasper Johns ou encore Ed Ruscha. À la scène californienne, qu’il côtoie, s’ajoute sa connaissance de la culture européenne, depuis les églises romanes jusqu’aux bâtiments radicaux de Le Corbusier.
Dans les années 1980, il revient à une idée d’unité architecturale. La Lewis House, du nom de l’homme d’affaires, lui permet d’expérimenter le numérique. Pour elle, il crée des voiles qu’il n’arrive pas à réaliser. Elle ne sera jamais construite, mais il s’agit d’un « objet architectural révolutionnaire », selon Frédéric Migayrou, conservateur en chef des collections architecture et design au Musée national d’art moderne.
La modélisation numérique, au début des années 1990, va en effet donner à Gehry l’idée de créer ces bâtiments aux formes incroyables, dont le Guggenheim de Bilbao est un des premiers exemples, avec ses volumes qui semblent s’envoler dans tous les sens, au milieu de la friche industrielle. C’est parce que Frank Gehry a une approche urbaine et pas seulement architecturale que le projet du Guggenheim Bilbao qui a ouvert en 1997 est une réussite. Près de 30 ans plus tard, celui d’Abu Dhabi, sur l’île de Saadiyat, a deux pas du «Louvre des Sables» de Jean Nouvel, devrait enfin voir le jour, en 2026.
« Il a toujours eu une vraie vision collective de ce que doit être la ville », ajoute Frédéric Migayrou. De cette préoccupation témoignent les photos qu’il a prises dans des zones industrielles américaines. Malgré la numérisation de ses projets, l’homme a toujours aimé travailler avec ses mains. Il trouvait, paradoxalement, que « l’image d’ordinateur est sans vie, froide, horrible », insistant sur la nécessité de mettre « l’ordinateur au service de votre propre créativité » et de ne pas « le laisse(r) devenir le créateur ». C’est pourtant grâce à l’ordinateur qu’est apparue la « tête de cheval», une création extraordinaire qui sert de salle de conférences, insérée à l’intérieur du siège de la DZ Bank, à Berlin.
Gehry aimait à répéter qu’un « bâtiment ne doit pas tout dire d’emblée et qu’il faut vivre son architecture ». C’est exactement ce que l’on ressent en pénétrant dans le labyrinthe du Guggenheim de Bilbao ou en montant l’escalier de la Fondation Louis Vuitton, donnant à voir comment le bâtiment s’ouvre sur le jardin et comment la nature entre à l’intérieur. « Quand, quittant le Canada, je suis arrivé aux États-Unis, à 17 ans, j’ai été très en colère contre mes professeurs, qui ont essayé de me détourner de l’architecture, explique Gehry. Quand j’ai commencé, dans les années 1960, mon premier building à Los Angeles suscita un déferlement de critiques. C’est pourquoi, je me suis tourné vers les peintres, qui m’ont invité dans leur atelier. J’étais plus à l’aise avec leur manière de penser. Ils avaient une vision moins radicale, d’avantage en accord avec ma conception de l’architecture ouverte sur le monde. »
C’est parce qu’il est resté un homme libre, avec une âme d’artiste, que Frank Gehry restera une personnalité hors norme dans le monde de l’architecture. Il le disait lui-même : « J’étais un progressiste engagé et j’aimais l’art, et ces deux faits réunis ont fait de moi un architecte ». On lui doit ainsi d’avoir libéré l’architecture de tous ses canons classiques. Ce qui lui valut d’être autant adulé que contesté. En tout cas, l’un de ses derniers commanditaires, Bernard Arnault, PDG de LVMH, pour la Fondation qui porte son nom dans le Bois de Boulogne était un de ses fervents admirateurs. «Son œuvre, couronnée par le Prix Pritzker, est considérable. Il restera un génie de la légèreté, de la transparence et de la grâce." Frank Gehry, qui savait incomparablement modeler les formes, plisser le verre comme une toile, le faire danser comme une silhouette, constitue pour longtemps une source vivante d’inspiration pour Louis Vuitton comme pour l’ensemble des Maisons du groupe LVMH. Avec la Fondation Louis Vuitton pour la Création, il a donné à Paris, à la France, son plus beau chef-d’œuvre et l’expression la plus élevée de sa puissance créatrice, à la hauteur de l’amitié qu’il portait à notre ville et de l’affection qu’il témoignait à notre culture.
La disparition de Frank Gehry touche aussi énormément Maja Hoffmann qui a côtoyé de près l’architecte, pour sa Fondation Luma à Arles. « Frank n’était pas seulement un architecte visionnaire : c’était un esprit libre, généreux, dont la présence illuminait chaque rencontre » dit-elle. Travailler à ses côtés, c‘est entrer dans un territoire où tout devient possible — un espace de confiance, de complicité et d’imagination sans bornes . À Arles, nous avons partagé un rêve qui a pris forme. La Tour qu’il a créée restera pour moi un souvenir vivant de son audace, de sa poésie et de son humour. Ce bâtiment porte son éclat, sa sensibilité, et l’énergie joyeuse qui était la sienne. Frank laisse derrière lui une œuvre immense. Je pense avec affection à sa famille, à ses proches, et à toute son équipe, avec qui nous avons travaillé si étroitement pendant tant d’années. Il restera pour moi un allié précieux, un ami rare et l’un des esprits les plus libres que j’aie rencontrés ».
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11 fascinating Frank Gehry buildings in Los Angeles
Beyond the Walt Disney Concert Hall, Frank Gehry also designed his own home, Loyola Law School and the Geffen Contemporary at MOCA. What he built here would help him craft a visual language that ...
https://www.latimes.com/entertainment-arts/story/2025-12-05/frank-gehry-buildings-in-los-angeles
11 bâtiments crées par F. Gehry à Los Angeles



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