Overblog Tous les blogs Top blogs Lifestyle
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Un livre, une page. "La nuit au cœur" de Nathacha Appanah

Publié le par Dominique

"Au fil des mois, je m'enfonçais de plus en plus profondément dans ce trou, m'éloignant de plus en plus du monde en surface, celui que je connaissais depuis ma naissance, ce monde où j'étais la fille ainée de mes parents, la grande-sœur de mon frère, la petite-fille de mes grands-parents, la lycéenne, l'amie, l'adolescente qui écoutait de la variété et qui se trouvait bien ordinaire. Mon quotidien était un faux-semblant permanent: sans HC je n'étais plus moi-même et avec HC j'étais une version fantasmée de moi-même. Je m'isolais et me coupais de tous mes amis, mes proches. Rien de ma vie d'avant n'avait de valeur, je n'attendais que le jour où je pourrais partir de chez moi.? Vivre ma propre vie. Bientôt je n'arrivais plus à respirer hors de sa présence, bientôt tous les garçons de mon âge me parurent ridicules, immatures, et bientôt tout mon esprit, mon temps et mon corps tournèrent autour de lui, ce soleil noir.

Je ne sais pas combien de temps a duré cette chute, mais j'ai fini par traverser la terre, je suis arrivée à l'autre bout du monde, dans un pays où cet homme au génie sombre était le roi, le seul habitant, le détenteur du grand récit.

Je voudrais être capable de dire les choses telles qu'elles sont, mais je suis obligée de me gruger moi-même, d'utiliser cette métaphore tirée d'Alice au pays des merveilles, encore une putain de métaphore littéraire, comme si les livres et leurs formes étaient devenus ma béquille permanente, comme si je ne pouvais pas penser sans eux, comme si je ne pouvais que raconter à travers eux.

Cette métaphore m'est apparue le jour où je suis revenue vivre chez mes parents, six ans après avoir disparu. J'utilise le mot "disparaître" parce que je suis partie sans les prévenir, je les ai laissés me chercher sans leur donner aucune piste, aucune lettre d'adieu, et j'ai sous-estimé le choc que cela leur ferait. Je n'ai pas imaginé que mon père pleurerait comme un enfant, que ma mère maigrirait d'un coup. Mais quand ils m'ont revue et suppliée de rentrer à la maison, je n'étais plus leur fille, j'étais une autre, sous emprise, asservie déjà, le cerveau retourné, le corps et le cœur sans souvenir ni reconnaissance de leurs soins, de leur affection.

J'utilise le mot "disparaître" parce que quand je pense à ces années là, ces six années de vie avec ce génie sombre, je pense à une mort lente, pareille à un effacement graduel, un effritement régulier." (page 56).

 

«De ces nuits et de ces vies, de ces femmes qui courent, de ces coeurs qui luttent, de ces instants qui sont si accablants qu'ils ne rentrent pas dans la mesure du temps, il a fallu faire quelque chose. Il y a l'impossibilité de la vérité entière à chaque page mais la quête désespérée d'une justesse au plus près de la vie, de la nuit, du coeur, du corps, de l'esprit. De ces trois femmes, il a fallu commencer par la première, celle qui vient d'avoir vingt-cinq ans quand elle court et qui est la seule à être encore en vie aujourd'hui. Cette femme, c'est moi. » La nuit au coeur entrelace trois histoires de femmes victimes de la violence de leur compagnon. Sur le fil entre force et humilité, Nathacha Appanah scrute l'énigme insupportable du féminicide conjugal, quand la nuit noire prend la place de l'amour.

Nathacha Appanah, est une journaliste et romancière mauricienne qui vit en France. Elle obtient le prix Femina et le prix Goncourt des lycéens et le prix Renaudot des lycéens en 2025 pour son roman La Nuit au cœur

*******************************************************************

Violences conjugales : pourquoi la France peine encore à protéger les victimes
Six ans après le Grenelle des violences conjugales, les associations alertent sur un système à bout de souffle. Retards voire suppressions de subventions, absence de pilotage national : l’insuffisance de moyens empêche de mener une lutte efficace.

« L’élimination complète des violences faites aux femmes. » Tel était l’objectif ambitieux proclamé par Emmanuel Macron, en 2017. Avec le Grenelle des violences conjugales, le gouvernement lançait, deux ans plus tard, une stratégie nationale destinée à mieux prévenir, repérer et sanctionner les violences au sein du couple, déclinée en 54 mesures concrètes – développement du « téléphone grave danger », du bracelet anti-rapprochement, aide universelle d’urgence pour les victimes, soutien financier aux associations spécialisées, etc.

Six ans plus tard, où en est la France ? Sur le papier, les autorités se sont mises en ordre de marche, avec un « effort financier cumulé » de « 740,3 millions d’euros sur cinq ans », selon un rapport du Sénat, publié en juillet. Sur le terrain, cependant, le vécu est tout autre. Tant les commissariats que les associations d’aide aux victimes, sur lesquels reposent ces politiques publiques, sont à la peine : manque de moyens et de suivi, fermetures de permanences, burn-out… Comment expliquer que le système échoue encore à protéger les femmes victimes de violences conjugales ? 

Suite sur le journal Le Monde du 28 octobre 2025

********************************************************************

Article du Journal Le Monde du 27 février 2026 avec AFP

La violence contre les femmes constitue une « urgence mondiale », s’alarme le haut-commissaire de l’ONU aux droits de l’homme. « De tels abus horribles sont rendus possibles par des systèmes sociaux qui réduisent les femmes et les filles au silence », a dénoncé Volker Türk, faisant notamment référence à l’affaire Epstein.

Le haut-commissaire des Nations unies aux droits de l’homme a affirmé, vendredi 27 février, que la violence contre les femmes est devenue une « urgence mondiale », déplorant notamment les abus révélés dans le cadre d’affaires comme celles concernant Gisèle Pelicot en France ou le criminel sexuel américain Jeffrey Epstein.

« La violence à l’égard des femmes, notamment les féminicides, constitue une urgence mondiale. Environ 50 000 femmes et filles ont été tuées dans le monde en 2024, la plupart par des membres de leur famille », a déclaré Volker Türk lors dans son discours sur la situation des droits de l’homme dans le monde devant le Conseil des droits de l’homme des Nations unies à Genève.

Le chef des droits de l’homme de l’ONU a en particulier évoqué l’Afghanistan, estimant que, dans ce pays, « le système de ségrégation imposé aux femmes rappelle l’apartheid, fondé sur le sexe plutôt que sur la race ».

Parallèlement, il a évoqué deux affaires qui ont récemment provoqué des ondes de choc internationales : celles du délinquant sexuel condamné Jeffrey Epstein et de la Française Gisèle Pelicot, victime de viols organisés par son ex-mari Dominique avec des dizaines d’hommes. Ces deux affaires « illustrent l’ampleur de l’exploitation et des abus commis sur les femmes et les filles », a déclaré M. Türk, avant d’interroger : « Croit-on vraiment qu’il n’existe pas beaucoup d’autres hommes comme Dominique Pelicot ou Jeffrey Epstein ? »

« De tels abus horribles sont rendus possibles par des systèmes sociaux qui réduisent les femmes et les filles au silence et protègent les hommes puissants de toute responsabilité », a encore dénoncé M. Türk.

« Les Etats doivent enquêter sur tous les crimes présumés, protéger les victimes et garantir une justice impartiale », a-t-il insisté, se disant aussi préoccupé par la recrudescence des attaques contre les femmes publiques, notamment en ligne.« Toutes les femmes politiques que je rencontre me disent être constamment victimes de misogynie et de haine en ligne », a-t-il affirmé.

Le haut-commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Volker Türk, lors de l’ouverture de la 61ᵉ session du Conseil des droits de l’homme de l’ONU, le 23 février 2026, à Genève.

Le haut-commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Volker Türk, lors de l’ouverture de la 61ᵉ session du Conseil des droits de l’homme de l’ONU, le 23 février 2026, à Genève.

Femme battue : démarches et soutien. Quelles sont les causes de la violence faite aux femmes ?

Femme battue : démarches et soutien. Quelles sont les causes de la violence faite aux femmes ?

L'île Maurice

L'île Maurice

Le morne et cascade sous-marine île Maurice

Le morne et cascade sous-marine île Maurice